La mère amère et forte

    ma mère_couvMa mère, Emmanuelle Houdart (illustration), Stéphane Servant (texte), éditions Thierry Magnier, 30 pages, 18 euros.

    Ma mère a le cœur entre soleil et nuit. Étincelant comme une lune. Sombre comme une aile de corbeau. (…) Ma mère a l’amour fleurs de peau. Un jardin tout entier. Herbes folles, bruyère, lilas et chardons. On s’y coupe, s’y frotte, s’y blotti ou s’y pique. Très tôt, avec mon père, nous avons appris à jardiner.” Voici un très bel ouvrage. Le texte de Stéphane Servant a la beauté de la simplicité efficace. Le bon mot qui fait mouche. La bonne formule sans fioritures. Des mots qui feront échos à l’enfant que nous étions, ceux qui le sont encore ainsi qu’aux mamans.

    Pas simple d’être mère, tout comme n’est pas non plus facile d’être fille. On ne choisit pas ses parents. Sur le papier, une mère est sensée nous cajoler, nous élever, nous instruire, éveiller notre curiosité du vaste monde, nous consoler lorsque l’on a du chagrin, être juste et nous dire qu’elle nous aime. Mais cette belle image de la mère idéale, existe-elle vraiment ? Lui en veut-on de ne pas être à la hauteur de nos envies et de ne pas combler nos manques ? Oui sûrement. De manière viscérale. Même si on sait qu’un mère fait ce qu’elle peut. Même avec la meilleure volonté du monde, il n’est pas toujours simple d’être une mère exemplaire selon les aléas de la vie.

    La relation que nous avons enfant avec notre mère est pour beaucoup dans la construction de l’adulte que nous devenons. Et de même, notre mère a été une enfant. Une enfant qui a sûrement traversé les mêmes difficultés avec sa maman à elle…

    ma mère_illustrationLes relations mère-filles sont un vaste sujet très complexe, épineux et douloureux. Un thème dont Emmanuelle Houdart et Stéphane Servant ont su aborder l’ambiguïté. Rien n’est ni tout rose ni tout noir. Il y a des pleurs, des blessures mais aussi du réconfort et des preuves d’amour.

    Ensuite, en ce qui concerne l’illustration, Emmanuelle Houdart nous a habitués à de magnifique dessins fourmillant de détails à la symbolique très forte, et cette fois encore, l’artiste ne nous déçoit pas. Armée de ses feutres à alcool, elle n’a pas son pareil pour dépeindre les blessures avec extrême justesse et poésie. Un univers résolument rock’n’roll mais aussi onirique et fort comme une tragédie grecque. La mère, d’une taille démesurée par rapport à la fille et même au père, est à la fois Nature, guerrière affrontant sa propre personne, gardienne de la grotte aux renardes, mais également créature chimérique, mi-femme mi-louve, ou femme à corps d’oiseau… La petite fille compose selon les humeurs de sa mère, parfois triste, blessée, heureuse, cajolée, consolée ou consolante.

    Ma Mère est un très beau livre qui met des images et des mots sur bien des maux profondément enracinés et… ça fait tout simplement un bien fou !

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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