La révolte victorieuse des guerriers de l’arc-en-ciel, aborigènes made in Taïwan

    seediq-bale_couvSeediq Bale, les guerriers de l’arc-en-ciel, Row-Long Chiu. Editions Akata, 302 pages, 23,50 euros.

    La diffusion, ce soir sur Arte, du film Les Guerriers de l’arc-en-ciel offre l’opportunité d’évoquer la bande dessinée qui en est à l’origine, parue à l’automne 2013 dans sa (belle) version française. Un album, mais bien plus encore, pour évoquer cette révolte de Wushe qui a vu, à l’automne 1930, le groupe aborigène des Seediq Bale, de Taïwan, se révolter face aux occupants japonais.  Après plusieurs décennies d’oppression, menés par leur chef Rudo Mouna, les “guerriers de l’arc-en-ciel”, profitent d’une fête sportive qui réunit l’establishment nippon dans ce gros village du nord de l’île pour tuer méthodiquement les Japonais – et les décapiter, selon leur tradition rituelle – et détruire les postes de surveillance. C’est le début d’une guérilla de près de deux mois, durant laquelle l’armée japonaise va s’engager dans une surrenchère belliqueuse, allant jusqu’aux bombardements et à l’utilisation d’armes chimiques. Cette lutte inégale prend même des aspects génocidaires quand, en réponse aux massacres, les Seediq s’adonnent à des suicides de masse. Jusqu’à l’anéantissement des rebelles, puis l’oubli de cette révolte. Jusqu’à l’arrivée de Row-long Chui…

    Si la bande dessinée historique est un genre reconnu et proliférant, c’est plutôt ici de bande dessinée ethnographique qu’il s’agit, dans son approche et comme aboutissement d’un long travail de recherche sur le terrain. Le très riche dossier qui complète ce roman graphique – qu’il est bénéfique de lire avant le récit pour en saisir toute la profondeur – vient le confirmer.

    Row-long Chui
    Row-long Chui

    Et, de fait, avec ce “beau livre”, bien édité dans sa version française par les éditions Akata, le lecteur peut aller de surprise en surprise. Premier étonnement, déjà, en découvrant l’existence de groupes aborigènes, vivant encore de façon semi-autarciques au XXe siècle à Taïwan, alors que l’on associe plus facilement le terme aux populations originelles d’Australie. Deuxième surprise au vu de l’engagement de Row-long Chui dans ce travail. L’auteur, qui confie avoir découvert Wushe au hasard d’une promenade entre amis, se consacre aux Seediq depuis plus de vingt ans et en a fait le combat de sa vie. Engagement payant, puisqu’il s’est décliné en BD, donc, mais aussi en bande dessinée, en documentaire et en film de fiction (qui fut un grand succès à Taïwan).

    La dernière surprise est dans le traitement graphique qu’opère Chui pour rendre compte de cette histoire. Avec un soin méticuleux apporté aux décors et à la véracité des lieux et des actions, mais où les personnages, curieusement, passent parfois d’un trait réaliste, en noir et blanc, à une vision plus caricaturale de petits bonhommes de dessin animé. Mais cela n’atténue en rien l’intérêt de l’album. Les 280 pages se lisent d’une traite, tant le récit est à la fois vif et clair, dans l’évocation des enjeux et de la réalité sociale de l’époque. Et la fin s’accompagne d’une mélancolie morbide et d’un romantisme sombre, avec ces arbres aux pendus.

    mais par ce travail, Chui a incontestablement donné une belle victoire aux Seediq, celle de la reconnaissance mondiale de leur existence.

    Seediq Bale_planche

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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