“L’adoption”, deux albums à adopter

    L’adoption, t.1: Qinaya ; t.2: la garúa. Zidrou (scénario), Arno Monin (dessin). Editions Bamboo (coll. Grand Angle). 62 p., 14,90 euros.

    Après un terrible tremblement de terre dans la ville d’Arequipa, dans le sud du Pérou, Alain et sa femme Lynette, qui ne peuvent avoir d’enfants, adoptent une petite rescapée, Qinaya. Un grand bonheur pour le couple et la mère d’Alain. Moins pour le “grand-père”, Gabriel, ancien boucher, amer de voir que son fils n’a pas repris son commerce et qui n’apprécie pas de voir son quotidien bouleversé par la petite tornade brune. Même lui, progressivement va tomber sous le charme, jusqu’à emmener Qinaya passer la journée avec les “gégés”, les deux copains de Gérard.

    Mais cette parenthèse enchantée va se refermer de manière surprenante (à la fin du tome 1), par l’arrestation et l’emprisonnement d’Alain, son divorce et le retour forcé de Qinaya au Pérou.

    Gérard va donc se rendre à Lima pour revoir sa “petite-fille”. Sur place, il croisera un autre homme en plein désarroi, un Belge dont la fille, en mission humanitaire, a disparu dans le tremblement de terre…

    Comme toujours, ou en tout cas très souvent, avec Zidrou, c’est avant tout une histoire de sentiments et d’humanité. Mais pas forcément celle que l’on croit. La couverture et une bonne partie du premier volet de ce diptyque laissent entrevoir en effet une histoire – convenue – sur un vieil homme bourru qui va s’ouvrir de nouveau à la vie avec l’arrivée d’une jeune enfant. Variation du Vieil homme et l’enfant (d’ailleurs cité au cours de l’album).
    C’est cela. En partie. (attention: spoilers à venir !).
    La révélation surprise du kidnapping de l’enfant, motif de l’arrestation d’Alain apportait un rebondissement surprenant à l’intrigue, en fin de tome 1, mais semblait l’orienter quand mêmes sur des rails bien fréquentés. Et tout laissait à penser que le récit allait donc s’orchestrer, dans la seconde partie, sur la manière dont les retrouvailles pourraient se faire entre Qinaya et Gérard. Or cette rencontre, si elle a bien lieu, est vite expédiée et l’histoire, toujours bien centrée sur le personnage de Gérard, va en fait se centrer sur d’autres histoires d’amour familial. Plus douces-amères et émouvantes.

    Zidrou livre encore ici un récit empli de tendresse. Evitant les rebondissements rocambolesques et le tourisme exotique, il s’attache surtout à dépeindre la transformation intérieure d’un homme âgé et un brin aigri, qui après pas mal d’épreuves et la confrontation avec d’autres malheurs, saura retrouver une forme de paix intérieure et pardonner. Comme dans la vraie vie, ce voyage génère aussi ses frustrations, avec les zig-zag embarquant le lecteur vers un horizon imprévu ou l’esquivement relatif de la jolie petite Qinaya. Mais c’est aussi cette part d’amertume qui marquera l’esprit.

    Le dessin d’Arno Monin, soigné, chaleureux et coloré vient bonifier encore l’humanité des personnages et apporte une touche supplémentaire d’émotion. Un joli voyage donc, entre la France et le Pérou, mais aussi entre la joie et la tristesse. Et un diptyque à adopter.

    "L'enfance selon Monin", exposition réalisée dans le cadre des Rendez-vous d'Amiens 2017, à voir jusqu'à la mi-août à la bibliothèque Louis-Aragon d'Amiens. Vernissage ce mercredi 31 mai à 18 heures.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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