Le djihad en double appel

    L’appel, Laurent Galandon (scénario), Dominique Mermoux (scénario). Editions Glénat, 128 pages, 17,50 euros.

    Le drame des jeunes Français ayant rallié l’Etat islamique et le djihad est devenu une question d’actualité récurrente. Laurent Galadon et Dominique Mermoux avaient anticipé le sujet avec l’Appel

    Cécile découvre soudainement que son fils Benoît est parti faire le djihad en Syrie. Cette mère célibataire, infirmière et athée, vivant dans une ville du sud de la France, n’a rien vu venir, s’agissant d’un adolescent sans histoires. Apparemment.
    Refusant d’alerter la police, sur les conseils de son ex-compagnon qui s’est retrouvé aussi impliqué malgré lui dans la dérive de Benoît, elle va mener sa propre enquête, interrogeant les amis et l’ex-petite copine de Benoît, fouillant dans l’ordinateur de son fils. Et attendant que celui-ci l’appelle comme il l’a promis.
    En redécouvrant ainsi la vie de son fils, elle va apprendre que celui-ci n’a pas supporté l’injustice  d’une “bavure” policière, interpellation musclée qui s’est soldée par la mort de Bilal, l’un de ses amis d’enfance, elle va comprendre également comment Benoît a pu rentrer en contact, via internet, avec un “imam” recruteur, comment il a pu se persuader qu’il fallait aller défendre les “opprimés en Syrie”…

    Le titre à double sens résume bien le double balancement de ce roman graphique: la recherche des explications et du processus qui a pu entraîner un ado sans passé religieux à basculer dans le “djihad” et aussi l’appel tant attendu de Benoît par sa mère, que l’amour maternel va pousser jusqu’au bout pour tenter de ramener son fils. Les deux mouvements sont menés avec sensibilité.
    Par petites touches, on saisit les motifs de ce basculement et, non sans effroi, on prend conscience de la facilité avec qui chaque famille – même la plus éloignée de la pratique religieuse – peut se voir ainsi touchée.
    L’attitude initiale de la mère, qui se refuse à alerter la police, pourra apparaître surprenante, voire peu crédible. Mais, outre qu’elle est à la base du développement de l’intrigue, elle traduit aussi le refus de tout manichéisme.

    Le dessin semi-réaliste, en dégradés de gris (et en sépia pour les flash-back) procède de la même sobriété, toutes en nuances.

    Manipulé et influencé à la manière d’un endoctrinement sectaire, Benoît n’en conserve pas moins des motivations sincères. Globalement, tous les protagonistes ont pu croire sincèrement avoir agi pour le mieux. Et cette enquête à rebours s’avère prenante jusqu’à sa fin. Une conclusion prévisible mais très émouvante.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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