Le Pas-de-Calais dans la Bataille de la Grande Guerre

    BatailleArras-couvLa Bataille: Arras 1917, Frédéric Logez. Editions Degeorge, 80 pages, 24 euros.

    La Grande Guerre, en bande dessinée, c’est aussi dans le Pas-de-Calais. En témoigne ce (beau) livre de Frédéric Logez, sorti par les éditions arrageoise Degeorge, au sujet de la “bataille d’Arras”, le 9 avril 1917.

    Ce jour-là, une offensive sans précédent est lancée dans le Pas-de-Calais contre les lignes allemandes (avec l’objectif affiché de récupérer les positions hautes sur la plaine en direction de Douai et l’idée de faire diversion pour faciliter l’attaque sur le chemin des Dames, dans l’Aisne). Après des bombardements massifs, ce matin-là, les Allemands qui occupent la ville ont la surprise de voir débouler les troupes britanniques… du sous-sol, après un long et surprenant travail d’aménagement d’une vraie ville souterraine. Mais, plus largement, c’est le poids de la guerre, sur le front du Pas-de-Calais en ce printemps 1917, qui est restitué ici. De belle manière…

    Cette offensive, et son invraisemblable chantier souterrain – objet de planches étonnantes et détaillées – sont évoqués ici à travers les témoignages de quatre combattants (fictifs), qui illustrent la diversité des troupes britanniques engagées dans le combat et humanisent bien le propos: Anders Rutoria, un tunnelier néo-zélandais, Jack O’Greats, un vétéran de la Somme venu d’Inverness en Ecosse, Léo Belaronde, tireur d’élite et indien Mohawk du Mounted Rifles et Roy Brewster, infirmier australien et blessé de guerre. Le lien entre eux se fait (finement) par la présence d’un chien à trois pattes, qui les accompagne et va servir de fil rouge au récit.

    Une approche, à hauteur d’hommes et dans une veine non pas militante mais désabusée, qui rapproche ce travail de celui de Tardi. Une proximité qui se confirme par le biais de quelques planches, très fortes (les charniers, à la fin, notamment), de dénonciation de la folie de la guerre. Et cela sans perdre l’aspect historique, qui est habilement intégrée au récit, par le bien des récits des quatre témoins.

    Côté dessin, le trait de Frédéric Logez n’a pas la finesse et la précision de celui de Joe Colqhoun, mais cette évocation de la guerre du point de vue de la troupe, se rapproche de celle de La Grande Guerre de Charlie (série à laquelle Frédéric Logez rend ouvertement hommage dans sa dernière planche et qui, coïncidence, évoque aussi le travail des tunneliers dans son dernier tome paru). Et son style, très contrasté, en noir, blanc juste rehaussé de gris, s’affirme  par son graphisme à fort impact. Une approche qui  joue aussi du clin d’oeil, reprenant “le blessé” d’Otto Dix ou redessinant l’image du monument de Fromelles réalisé par Peter Corlett, pour rendre hommage aux infirmiers et brancardiers.

    Dans un dernier chapitre, en postface et en forme de mini-making of, Logez raconte aussi sa rencontre avec l’archéologue Alain Jacques et l’implication de ses ancêtres dans la Grande Guerre. Une manière de clore le sujet et de mettre en lumière les liens qui persistent, un siècle plus tard.

    Plus qu’une simple monographie dessinée, ce petit aperçu impressionniste des ravages de la guerre dans ce coin du Pas-de-Calais est incontestablement réussi. Et marquant.

    BatailleArras-planche

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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