Le Pen et Chirac par la bande

     

     

     

     

     

     

     

     

    La dynastie Le Pen, son univers impitoyable, Renaud Dély (scénario), Fred Coicault (dessin). Editions Delcourt, Coll.Encrages, 144 pages, 16,95 euros.
    Le Grand et le trop court, Jean-Luc Barré (scénario), Krassinsky (dessin). Editions Casterman, 80 pages, 14,90 euros.

    En cette période électorale qui remet la politique au coeur de l’actualité, deux regards décalés, et en coulisses, sur la vie de deux personnages qui ont marqué l’histoire récente : Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen. Deux albums qui, malgré des différences de style et d’objet, partagent la même astuce narrative pour amener leur sujet et la même inclination à aller chercher en coulisses le détail qui fait sens ou la petite phrase vacharde…

    C’est à travers ses confidences à un jeune énarque choisi pour l’aider à rédiger ses mémoires que Chirac va relater sa relation avec “le trop court”… Nicolas Sarkozy. De la première rencontre où le leader du RPR, impressionné, propose au jeune militant de monter à la tribune des assises du mouvement, en 1975, jusqu’à la présidentielle de 2012 ou Sarkozy se fait battre par Hollande, sans que cela mécontente particulièrement l’ancien président… Entretemps, divers épisodes auront été remis en lumière: la trahison de 1995, lorsque celui qui était devenu un intime du clan Chirac trahit pour rejoindre Balladur, la tension qui s’instaure après la victoire de Jacques Chirac en 2002 avec un ministre de l’Intérieur qui ne cache plus ses ambitions. Jusqu’aux “punchlines” qui tuent. Le “Je décide, il exécute” de Chirac recadrant Sarkozy en 2004. Et, en retour, ce dernier assassinant son prédécesseur, cinq ans plus tard, d’un lapidaire : “Je préfère être omniprésident que roi fainéant“.
    Quant à Jean-Marie Le Pen, c’est à son arrière-petite-fille, Olympe, la fille de Marion Maréchal Le Pen, qu’il entreprend de raconter sa vie. Chapitre par chapitre et à travers une vision très valorisante, avant d’être démentie par les planches qui suivent. On y retrouve le jeune activiste à la corpo de droit qui s’engage en Indochine, le député poujadiste qui se ré-engage pendant la Guerre d’Algérie, puis la galère à la tête d’une extrême droite groupusculaire ; marginalisation compensée par l’heureuse donation de l’héritier des ciments Lambert qui va lui apporter son manoir de Montretout et une aisance financière. Puis viendront politique et médiatique des années 80, le noyautage progressif puis le lâchage des mégretistes, les divergences croissantes avec sa fille…

    Ces deux albums ont donc le mérite incontestable de rafraîchir la mémoire. Et de manière assez plaisante. Au scénario, on trouve deux très bons connaisseurs de leur sujet.
    Le journaliste Renaud Dély (qui s’était déjà emparé de Nicolas Sarkozy puis de François Hollande) parvient bien à mêler la vie intime de son personnage et les démêlés politiques de sa formation. Et il donne ici une bonne synthèse de l’évolution et de la vie du vieux leader d’extrême droite.
    Jean-Luc Barré, lui, est encore plus au fait de ce qu’il raconte, ayant été la plume de Jacques Chirac avec qui il a participé à la rédaction de ses mémoires. Et sa fréquentation assidue du clan Chirac apporte un incontestable air de véracité aux anecdotes qu’il évoque au fil des pages. Même si cette proximité incline à avoir un regard par trop contrasté sur ses deux héros. A l’image de la couverture, si Jacques Chirac est toujours à son avantage et en sort grandi, Nicolas Sarkozy est écrasé de telle sorte qu’il en deviendrait presque sympathique (et cela en serait .

    Le Grand et La dynastie différent, en revanche, dans leur traitement graphique. Après son (excellent) Crépuscule des idiots, Jean-Paul Krassinsky s’y connaît manifestement bien en vieux singes. Sans appuyer le trait, il livre des caricatures saisissantes des personnalités qu’il croque, à la fois fidèles et très expressives. A l’inverse, Fred Coicault n’a pas l’aisance d’Aurel – complice au dessin des précédents albums politiques de Renaud Dély.  Le parti-pris d’un trait humoristique rend les personnages assez méconnaissables et trop semblables (ainsi des filles de Le Pen, certes toutes trois blondes, mais qu’il est bien difficile de distinguer ici sans l’apport des textes des phylactères).

    Au final, La dynastie Le Pen manifeste plus d’ambition dans le traitement de son sujet et moins dans la restitution graphique ; Le Grand et le trop court a une visée de fond moins ample, mais une mise en image plus marquante. Les deux valent, néanmoins, le coup d’oeil et ne manquent pas d’intérêt par leur approche vivante de la politique, par la bande.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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