L’Empire du mal a gagné l’Amérique

    Evil Empire, t.1_couvEvil Empire, tome 1: nous, le peuple, Max Bemis (scénario), Ransom Getty et Andrea Mutti (dessin). Editions Glénat Comics, 128 pages, 14,95 euros.

    Comment naît une dictature moderne – ou post-moderne ? Comment les Etats-Unis pourraient basculer dans un régime répressif né du chaos politique contemporain ? Le premier tome de cette série est paru en début d’année, mais plus l’échéance de la présidentielle américaine se rapproche et plus cette critique sociale prend de l’intérêt (que l’on n’espère pas trop prophétique).

    Vingt-cinq ans avant la suprématie de cet Evil Empire tout avait commencé dans “notre présent”. La campagne présidentielle opposait le Républicain Kenneth Laramy, chantre des valeurs familiales et le jeune démocrate Sam Duggins. Mais tout bascule lorsque l’épouse de Laramy est retrouvée assassinée chez elle, avec un couteau planté dans la nuque, mode opératoire décrit par une chanson de la rappeuse black et rebelle Reese. La situation va déraper lorsque Laramy révèle, lors de l’enterrement de sa femme… qu’il l’a lui-même tué car celle-ci maltraitait sa fille et qu’il faut en finir avec l’hypocrisie morale et vivre selon ses propres lois. Le chaos s’empare du pays tandis que Duggins se rapproche de Reese. Mais la réalité est peut-être encore plus tordue qu’elle en donne l’apparence…

    Si “l’Empire du mal” cher à George W.Bush n’a pas réussi à faire basculer la démocratie, cet “empire diabolique” y est parvenu. Et de l’intérieur même de l’Amérique. Entre le chaos anarchique dévoyé prôné par les discours d’un Républicain devenu victime de son succès et une manipulation machiavélique qui va se dévoiler progressivement, multipliant les rebondissements au fil de ce premier tome.
    Le flash back sur les événements contemporains, vus depuis un quart de siècle dans le futur, donne un côté forcément implacable et encore plus fort à cette dérive politico-sociale et à ces personnages à la folie perverse.

    Côté dessin, le début fait dans le style comics, avec ces cadrages parfois outranciers, un décor réaliste et des visages très expressifs, malgré quelques ratés. Le basculement dans le dessin plus fin de l’Italien Andrea Mutti, pour les deux derniers chapitres, surprend et déstabilise un peu. Mais la force de l’intrigue – et le choc des révélations finales – emporte le morceau de cette histoire coup de poing, qui s’impose déjà avec sa superbe couverture.

    Evil Empire, t1_planche

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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