L’enquête algérienne de Nadir Oualou

    Oualou en Algérie, Lounis Dahmani (scénario), Gyps (dessin). Editions La Boîte à bulles, 64 pages, 15 euros.

    Auto-édité, en noir et blanc, en 2011, Oualou en Algérie ressort à La Boîte à bulles et en couleurs. Nouvelle occasion de redécouvrir l’Algérie des années 1990 et 2000, à travers un récit assez singulier.

    Nadir Oualou est détective, en Seine Saint-Denis. Avec un bureau dans une cave de son immeuble et guère de perspectives. Lorsque l’ex-épouse d’un ancien membre du Front islamique du salut (FIS) lui demande de retrouver sa fille, dont elle a été séparée par son mari depuis une quinzaine d’années, il se voit contraint de retourner au “bled”. Ce “Français comme Zidane” est aussi effrayé de retrouver l’Algérie que de revoir sa famille restée là-bas. Grâce à son cousin, il parviendra à retrouver la trace de Saïd (le mari, qui a renié le FIS pour une nouvelle plongée mystique) et celle de Mina, sa fille. Mais il va ausi être confrontés aux terribles frères Batata, eux aussi anciens du FIS, acquittés par la loi de concorde civile mais qui continuent à vouloir poser leur influence néfaste sur le coin de Tizi-Ouzou…

    Peut-on rire de tout, et notamment de la “décennie noire” qui ensanglanta l’Algérie, après l’annulation des élections de 1991 qui risquaient d’être gagnées par le FIS ? C’est un peu le pari de cet album, réalisé voilà près de huit ans par deux Algériens qui s’étaient rencontrés dans un journal d’opposition au début de ces “années de plomb”.
    Dès la première planche, un petit clin d’oeil-hommage à Jack Palmer, le détective catastrophique de Pétillon donne le ton.

    A la manière de l’Enquête corse, c’est une “enquête algérienne” qui va se déployer, avec un mélange d’humour plus ou moins subtil (avec par exemple ses quatre frères Batata, lointain cousins des Dalton), de rappels historiques (à travers une avancée du récit en flash-back bien maîtrisée) et d’une enquête policière rocambolesque et finalement assez émouvante.
    Dans une ambiance qui sent le vécu, Oualou en Algérie donne en tout cas des clés pour comprendre cette période sanglante, mais aussi plus largement la société algérienne contemporaine, derrière un récit qui conserve toujours un second degré ironique, porté par un dessin semi-réaliste chaleureux et expressif. Et désormais enrichi de couleurs, qui en renforce justement le côté “couleur locale”.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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