Le souffle de l’épopée de la Horde

    La horde du contrevent, tome 1: le cosmos est mon campement, Eric Henninot. Editions Delcourt, 80 pages, 16,95 euros.

    La Horde du contrevent d’Alain Damasio est non seulement un des plus grands romans contemporains de science-fiction, mais aussi un vrai succès public depuis sa sortie, en 2004. Grand prix de l’Imaginaire en 2006, ce récit développe en effet un vrai “imaginaire”, avec l’élaboration d’une civilisation globale cohérente, dans un monde hostile où tout est régi par le cycle incessant des vents violents qui balaient la planète. De générations en générations, depuis la cité d’Aberlaas, la cité des confins, des enfants sont formés et conditionnés pour tenter d’atteindre jusqu’à l’extrême-amont, lieu mythique où naissent les vents et d’où on pense pouvoir enfin les dominer. Le récit se centre sur la 34e horde, menée par Golgoth, qui entend bien être le premier à parvenir à l’objectif. Une force de caractère déjà perceptible dès l’enfance, alors qu’il s’apprête, avec les autres enfants de sa horde à quitter la cité. Vingt-sept ans plus tard, on va les retrouver confrontés au défi majeur : deux vagues de “furvent” (le stade ultime des tempêtes). Cet épisode va aussi s’accompagner d’un basculement dramatique au sein de la horde, avec la fin du prince Pietro Della Rocca, qui assurait la cohésion du groupe, et la responsabilité grandissante prise par Sov, le scribe…

    Par son statut, par le culte (mérité) qu’il développe au sein de la communauté des lecteurs de science-fiction, la Horde du Contrevent a tout pour impressionner. Pour penser à l’adapter en bande dessinée, il fallait donc avoir la détermination, l’abnégation – et le grain de folie – de Golgoth. C’est apparemment le cas d’Eric Henninot. Dessinateur, notamment, de la série Carthago, il travaille depuis des années à cette oeuvre.

    Au vu de l’ampleur de la tâche, ce premier album pouvait susciter craintes et scepticisme. Au bout de ces 80 premières pages (un bon choix de longueur, permettant de bien poser les fondements de la saga), ces inquiétudes sont levées !
    Depuis la vogue des adaptations littéraires en bande dessinée, cette question de la transposition du roman aux planches est, certes, en partie réglée. Dans une belle et bienveillante préface, Alain Damasio le souligne d’ailleurs : “Nous sommes dans la Horde d’Eric. Pas la vôtre ! Pas la mienne ! (…) Avancez donc vierges d’attente, à nouveau innocents et frais, et acceptez cette Horde qu’Eric vous reconstitue et vous offre, laquelle ne ressemble évidemment qu’à lui.

    De fait, ce qui compte, ici, c’est que l’univers d’Alain Damasio est fort correctement restitué, tout comme la typologie des personnages, leur psychologie et la tension permanente entre eux. Pas littéralement ou dans la besogneuse copie mimétique, mais dans l’esprit et pour l’essentiel: la conservation d’un vrai souffle dans l’épopée.
    Eric Henninot parvient aussi à relever le défi de retranscrire, en images, un élément aussi fugitif et aérien que le vent et ses effets, que l’écrivain parvenait à restituer à travers son écriture. Au-delà des effets de style graphiques, celui-ci est bien omniprésent, comme une sourde menace mais aussi la raison d’être de l’ensemble. Et si graphiquement, le style d’Eric Henninot est d’un réalisme assez classique, il restitue la force et la majesté de la saga. Et il aborde le sujet avec l’humilité et la passion nécessaires, ainsi qu’il s’en explique dans un entretien vidéo.
    Parvenu à cette première étape, avec brio, on ne peut que lui souhaiter, pour la suite: bon vent !

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