Les fous furioso de Dieu

    Furioso, Lorenzo Chiavini, éditions Futuropolis, 136 pages, 20 euros.

    Alors que le monde est toujours en proie aux fanatismes sanguinaires des fous de Dieu, l’auteur italien Lorenzo Chiavini, établi à Angoulême depuis trois ans, livre ici un réjouissant et salutaire décryptage des manipulations religieuses et de leurs utilisations à des fins très politiques.

    Au temps des premières croisades, de part et d’autre de la Méditerranée, on va suivre en parallèle, différentes instrumentalisations au nom d’Allah ou de Jésus-Christ.

    Sur la rive occidentale, un vieil évêque grabataire (tout rapprochement avec les derniers mois de Jean-Paul II ne serait peut-être pas si involontaire…) laisse tomber une relique de la lance sacrée qui frappa le Christ. Celle-ci vient frapper un modeste artisan, Berto qui s’en tire “miraculeusement”. L’accident est vite transformé en acte divin et le pauvre charpentier devient bien malgré lui l’élu promis héraut de la croisade prochaine…

    Lui qui ne cherche que des plaisirs bien plus charnels et terre à terre va se voir embarqué dans une bien drôle d’histoire. Pendant ce temps, sur la rive orientale, une expédition est menée jusqu’au fin fond d’une forêt hostile afin d’aller retrouver un illustre guerrier musulman qui, pour se mortifier d’un acte atroce (tout autant que stupide comme on le découvrira au cours d’un édifiant flash-back du récit), vit comme une bête sauvage retiré du monde. Ramené finalement parmi les siens, lui aussi devra endosser la tenue du héros de son camp. La confrontation finale sera aussi tragique que dérisoire.

    Dense, avec de petites cases faisant songer aux miniatures médiévales, mais avec un trait moderne et enlevé (qui, lui, fait penser un peu à celui de Dupuy et Berberian), cet album est un ironique pied de nez aux exaltations prétendument d’origine divine. Ici, les hommes sont tous plus ou moins victimes de motifs – nullement divins – qui les dépassent avant de les écraser. Chiavini décrit tout cela avec une tendre et cruelle distance, plus humaniste que misanthrope. Avec un léger humour très noir. Et si les méthodes ont changé depuis les siècles qui nous séparent de ce récit, les passions humaines sont bien toujours les mêmes. C’est fort bien rappelé ici.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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