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Bulles Picardes romans graphiques

Au plus noir de la Centrafrique

Maison sans fenêtres, Didier Kassaï (scénario et dessins), Marc Ellison (photo). Editions La Boîte à bulles, 160 pages, 18 euros.

Sorti début 2017, mais réédité depuis l’obtention en décembre dernier du Prix de la Fondation des Nations unies, Maison sans fenêtres, coédité par Médecins sans frontières, est un album atypique et toujours d’actualité dans sa description de la situation en Centrafrique, notamment celle des enfants. En effet, l’ONU estime qu’aujourd’hui « la détérioration des conditions de sécurité en République centrafricaine se poursuit », quatre ans après le coup de force des rebelles de la Séléka, qui avait déstabilisé le pays et un an après la fin de l’opération de sécurisation française Sangaris. Et cela dans un désintérêt complet. Comme l’explique une coordinatrice de Médecins sans frontières dans l’album: “Je vois la République centrafricaine un peu comme une maison sans fenêtres… Or sans fenêtres, comment les gens vivant à l’extérieur pourraient avoir une idée de ce qui s’y passe.”

C’est justement le but du caricaturiste centrafricain Didier Kassaï, déjà auteur de Tempête sur Bangui (toujours chez La Boîte à Bulles) d’ouvrir une telle fenêtre sur cette réalité. Il le fait de manière singulière, en se mettant lui-même en scène enquêtant auprès des enfants des rues de Bangui, ceux travaillant dans des mines de diamants ou auprès de réfugiés dans un camp de MSF. A chaque fois, il parvient à mettre en confiance ses jeunes interlocuteurs et raconte des tranches de vie violentes et dures. Cette “fenêtre” s’ouvre également à travers le reportage photographique réalisé par le photojournaliste écossais Marc Ellison.

Cet aspect “bi-média” se traduit par une belle intégration des photos d’Ellison dans la narration dessinée, offrant des zoom d’hyper-réalité à une description qui n’en manque déjà pas.
A cela s’ajoute même une troisième dimension, en étant, comme s’en qualifie l’album “le premier roman graphique utilisant la vidéo à 360 degrés pour transporter ses lecteurs au centre de son histoire”. Une immersion possible en scannant avec son smartphones les QR codes disséminés au fil des pages, permettant de voir les scènes en une forme de réalité virtuelle. Il est aussi possible, plus classiquement, de visionner l’intégralité des 14 minutes du documentaire par la même méthode.

Bon, cette “troisième dimension” relève quand même essentiellement du gadget technologique (et s’apparente un peu au travail multimédia réalisé par ByMöko et ses amis sur Au pied de la falaise) ou, pour être charitable, disons qu’on en a pas vraiment saisi l’intérêt. D’autant que le long reportage dessiné et photographié de Kassaï et Ellison se suffit à lui-même. Il plonge pleinement, et de façon poignante, dans la réalité centrafricaine, à travers cette multitude de témoignages et en ouvrant, effectivement, une “fenêtre” sur cette réalité oubliée.
A chacun ensuite, d’avoir le courage d’aller y regarder de plus près.

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By Daniel Muraz

Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté.
Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre.

Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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