L’été, sexe, alcool et jalousies

    L’été en pente douce, Jean-Christophe Chauzy (dessin), Pierre Pelot (scénario). Fluide Glacial, 18,90 euros.

    L’été commence bien pour Fane. En l’espace de trois jours, il s’est mis à la colle avec Lilas, une poupée au sex appeal explosif et a hérité de la maison familiale, avec jardin, dans la campagne vosgienne, suite à la disparition soudaine de sa mère. Tout irait donc pour le mieux… Mais Fane n’est pas du genre à vivre les contes de fée. Lui, il serait plutôt héros de roman noirs. Ce colérique impulsif se fâche d’entrée avec ses voisins, des garagistes lorgnant depuis longtemps sur sa maison pour agrandir leur commerce, et doit surtout cohabiter avec un frère, attardé mental « Mo », dont le seul ami est un chat.

     

    Surtout Fane, amputé de plusieurs doigts suite à un accident de jeunesse, est imbibé dans les problèmes et l’alcool. Il ne peut commencer sa journée sans un verre de pastis ou une canette de bière. Il se rêve écrivain de polar, achète une machine à écrire mais ne sait ni taper ni écrire.
    Enfin, il ne sait (ou ne peut) avoir une relation sexuelle avec sa superbe compagne, dont la plastique irréprochable assez peu couverte fait l’objet de fantasmes des hommes (et même de certaines femmes) du voisinage. Cette dernière – un esprit d’enfant dans un corps de femme – est éprise de Fane qui l’a « sauvé » – contre « 100 balles et un lapin » – de son ex à la main lourde mais, frustrée sexuellement, trouve du réconfort auprès du frère attardé. Cet été particulièrement caniculaire s’annonce poisseux et torride, annonciateur d’un orage qui risque de tout faire exploser…

    Après la célèbre adaptation au cinéma, dans les années 80 du roman de Pierre Pelot sorti en 1981, L’été en pente douce est adapté pour la première fois trente ans plus tard en bande dessinée.
    Au crayon et au pinceau, Jean-Christophe Chauzy réussit à retranscrire la moiteur de cet été étouffant avec un dessin nerveux et une palette de couleurs vives, prédominances de bleu, jaune et vert avec des pointes de rouge, matérialisée par la robe ultra courte et sexy de la sensuelle Lilas déclenchant toutes les passions sur son passage.

    Pour éviter toute ressemblance avec les acteurs du film, Chauzy a pris soin de créer des personnages éloignés physiquement de ceux incarnés à l’écran : Lilas, l’héroïne, est brune, « Mo » un blond à forte carrure et Fane une sorte de rockeur à banane sur le retour trahi par une calvitie et des cicatrices au visage.

    La sensualité du film – incarnée magnifiquement à l’écran par l’actrice Pauline Lafont, malheureusement disparue trop tôt – est aussi bien retranscrite dans la bande dessinée, avec des scènes de sexe explicite mais où hélas la chaire est souvent triste.
    Enfin la BD est nettement plus « noire » que le film et plus fidèle en cela au livre. L’épilogue dramatique devrait ainsi en surprendre plus d’un.

    Dans ce tourbillon humain, où se mêle le cocktail dangereux sexe, alcool et jalousies, l’été en pente douce mérite bien son nom.

    Par Ludovic Lascombe

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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