L’homme est un loup (breveté) pour l’homme

    Le temps des sauvages, Sébastien Goethals, d’après le Manuel de survie à l’usage des incapables de Thomas Gunzig. Editions Futuropolis, 272 pages, 26 euros.

    Dans un futur proche, ou la reproduction humaine a été privatisée, le commerce des gènes devenu un secteur prospère permettant toutes les mutations, le projet de licenciement abusif d’une caissière de supermarché va être à l’origine d’un engrenage sanglant, après sa mort accidentelle lors de son entretien préalable de licenciement. Jean, l’employé de sécurité qui avait été chargé de la piéger par enregistrements vidéo va se voir poursuivi par les quatre fils de la défunte. Des “enfants-loups”, devenus braqueurs de fourgons bancaires, éloignés de leur mère mais mus par un désir de vengeance. Marianne, la femme de Jean – commerciale hyper-efficace – va aussi se retrouver impliquée, séquestrée par les loups, tandis que Jean se voit approché par Blanche de Castille-Dubois, chargée du dossier par le groupe de supermarchés Eichmann…

    Pour qui n’aurait pas lu le Manuel de survie à l’usage des incapables, roman du belge Thomas Gunzig dont est adapté cet album, ce Temps des sauvages peut déstabiliser au prime abord par son entrée en matière énigmatique : Le prologue passe d’une planche montrant une vieille dame et une petite fille, venue voir au bord d’une plage une baleine échouée (et logotée du swooch de Nike !) à deux hommes vieillissants dissertant sur l’importance du copyright et le processus de “feed-back” interagissant dans la société. Et le début de l’album suit en parallèle Jean, en planque dans une camionnette de surveillance, un braquage explosif et un flash-back sur l’enfance de l’employé de sécurité. L’action principale de l’histoire, à proprement dit, ne débute véritablement qu’à la page 33 (sur 272).
    Sébastien Goethals immerge ainsi directement le lecteur dans ce monde vaguement futuriste, dont on saisira progressivement les grandes lignes et les évolutions génétiques notamment, sans en donner les grandes clés de compréhension. Il se montre cependant très doué pour décrire et faire vivre ce “nouveau monde” si proche de notre quotidien ultra-libéral et technophile. Son trait réaliste et séduisant, en niveaux de gris, et ce quotidien légèrement décalé créent d’emblée une ambiance prenante.  Tous les éléments de l’intrigue vont ensuite s’imbriquer, dans ce “processus de feed-back” ou “tout est en tout“, comme le disent si bien les frères Eichmann. Entre dystopie techno-commerciale et road-movies d’action bien senti, les presque 300 pages se lisent d’une traite, pour une plongée convaincante dans ce monde féroce ou, finalement, les loups ne sont pas forcément les plus féroces et implacables prédateurs.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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