L’homme qui marche dans le Louvre

    Les gardiens du louvre_couvLes gardiens du Louvre, Jirô Taniguchi. Editions Futuropolis – Le Louvre, 136 pages, 20 euros.

    C’est au tour de Jirô Taniguchi d’arpenter les salles du Louvre, dans la désormais classique collection co-éditée par Futuropolis et le musée parisien.

    La précédente tentative de balade asiatique dans le Louvre, avec Hirohiko Araki, n’avait pas été une franche réussite. Voire même l’ouvrage le moins convaincant de la série initiée par Nicolas de Crécy voilà dix ans déjà. Taniguchi, avec son approche très européenne et contemplative pouvait paraître un meilleur choix.
    Ce syncrétisme entre l’univers des mangas et celui de la bande dessinée franco-belge se traduit déjà par un album en grand format “classique”, mais à lecture inversée, à la japonaise. Et par le choix d’un narrateur nippon venant pour la première fois à Paris et ayant choisi d’aller trois jours au Louvre, temps fort de son séjour…

    Tremblant et pris de fièvre, le héros (ou l’alter  ego de Taniguchi), une fois sous la Pyramide, va basculer dans les “limbes oniriques” de l’imaginaire et rencontrer les “gardiens du Louvre”. Cette confrontation fait véritablement débuter l’histoire.

    Jouant avec les clichés et le fantasme du touriste désireux de voir la Vénus de Milo et la Joconde, Taniguchi nous les fait découvrir dans un musée déserté de tous ses visiteurs.
    Guidée par la Victoire de Samothrace, “à la frontière du rêve et de la réalité“, la visite va se poursuivre, à travers le temps, croisant le peintre Corot et son homologue japonais du début du XXe siècle Asai Chû, mais aussi Saint-Exupéry et le directeur Jacques Jaujard, lors de l’épisode dramatique du déménagement des oeuvres avant l’invasion allemande de 1940. Le narrrateur s’autorise aussi une échappée à Auvers-sur-Oise où, bien sûr, il aura une rencontre avec Van Gogh, avant une dernière séquence, plus intime, où il va retrouver son épouse, décédée au coeur du musée, en ce lieu où ils devaient venir ensemble.

    Très soigneusement dessinés, avec la finesse et la précision habituelle de l’auteur, et un trait toujours nimbé de ce réalisme poétique un peu hiératique qui fait son charme et sa personnalité, ces Gardiens du Louvre paraissent souffrir de la difficulté de Taniguchi à aborder frontalement son sujet (marqué par la lenteur des premières pages à entrer véritablement dans l’histoire). Comme intimidé ou impressionné de se confronter au grand musée parisien, le mangaka a une approche assez scolaire, qui n’assume pas totalement le basculement dans sa dimension fantastique et onirique, comme il le faisait si bien dans Quartier lointain, par exemple.

    Cette plongée dans le Louvre n’est pas dénuée d’intérêt mais elle manque un peu de souffle et de singularité. C’est d’ailleurs la partie historique sur le déménagement du Louvre  – la plus décalée – qui est la marquante et incarnée (avec notamment l’épisode le plus irréel, peut-être : celui du transport des toiles magistrale du radeau de la méduse, qui faillit s’enflammer au contact d’un fil électrique de tramway à Versailles).

    Un “requiem pour les esprits logés en chaque chose“, beau mais qui manque un peu d’âme justement.

    Gardiens du louvre_planche

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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