L’occupation en Bretagne en juin 44 en rouge, blanc et vert de gris

    Les souliers rouges, tome 1: Georges, Gérard Cousseau, Damien Cuvillier. Éditions Grand Angle, 48 pages, 13,90 euros.

    Damien Cuvillier et Gérard Cousseau se retrouvent après Les sauveteurs en mer. Mais  dans un tout autre genre, autant pour le trait que pour le ton du récit. L’humour et le style cartoon laissent place ici à une histoire plus dramatique, belle rencontre d’amitié entre un ado et un Russe exilé sur fond de débarquement en Normandie, portée par un dessin réaliste de toute beauté.

    En juin 1944, en Bretagne occupée, un tragique concours de circonstances va créer un drame au village de Saint-Nicolas-du-Pélem. Au départ, pourtant, l’occupation ne se déroule pas trop mal pour Jules, jeune homme de 17 ans, qui passe ses journées à enrichir l’ordinaire en dégommant les écureuils au lance-pierre ou en pêchant les truites. Sa rencontre avec Georges, un Russe blanc (aux chaussures rouges, par anti-bolchevisme, pour “les piétiner à chaque pas”…) érudit venu se réfugier dans le château du village, va marquer une première inflexion pour lui. L’arrivée d’une escouade de cosaques et de SS va entraîner une autre évolution. Surtout après qu’un soldat à été tué par de jeunes maquisards…

    Pour sa première incursion dans la BD réaliste (il collabore sinon au Journal de Mickey et assure notamment Les Toubibs chez Bamboo), Gérard Cousseau s’est refusé au manichéisme facile des histoires de guerre, préférant composer un portrait plus composite des sentiments humains. S’inspirant de faits authentiques et familiaux – mixant les souvenirs de guerre de son beau-père Jules et de la rencontre de ce dernier avec Georges, après-guerre – il décrit l’occupation des différents cotés. Si ces deux miliciens sont de parfaits salauds, avec la (sale) tête de l’emploi, et si les exactions sont montrées crûment (dont la pendaison d’un jeune résistant encore ado ou une tentative de viol), les autres personnages s’imposent par leurs nuances : Werner, le soldat allemand assassiné n’aspire qu’à la musique et à retrouver sa vie civile, Georges est un érudit et distancié et Jules un garçon plein de ressources. Les villageois, eux, oscillent entre le fatalisme et la résistance sourde. Et même les cosaques ne sont pas monolithiques.

    Côté dessin, l’Abbevillois Damien Cuvillier fait passer toutes ces nuances, avec un nouveau style. Passant avec bonheur à la couleur directe, son trait s’affine pour créer des personnages avec de vraies gueules et décrire une Bretagne rurale et très belle. Sa mise en couleurs, à l’aquarelle est somptueuse, pour décrire notamment les séquences dans la nature. Une ambiance qui le rapprocherait de son confrère picard Hardoc de La Guerre des Lulus.

    Très soigné, donc, le récit souffre un peu d’une trop grande préciosité dans les dialogues. Surtout dans la première partie de l’album. En revance, le climax est bien relancé par les dernières planches, donnant envie de connaître la fin de ce diptyque atypique.

    Dédicaces avec Damien Cuvillier, samedi 1er mars à partir de 15 heures, Librairie Martelle, à Amiens, au sous-sol dans le rayon BD.

     

     

     

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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