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Magda, no futur

apocalypse-selon-magda_couvL’Apocalypse selon Magda, Chloé Volmer-Lo (scénario), Carole Maurel (dessin). Editions Delcourt, 192 pages, 22,95 euros.

La joie s’empare de la planète : la fin du monde n’a pas eu lieu ! Mais Magda, 13 ans, ne participe pas au soulagement universel.

Pour en connaître les raisons, il faut en revenir un an plus tôt, lors les médias ont relayé le discours alarmiste des scientifiques: en raison d’un phénomène sismique et éruptif (dans le style de 2012 de Roland Emmerich), la planète ou du moins l’humanité était vouée à la disparation au printemps suivant.

Une fois le choc passé, les premiers dérèglements vont vite apparaître: les gens arrêtent de travailler, d’autres entament un grand voyage spirituel. Dans la vie aussi de Magda, les bouleversements sont violents. Son père quitte la maison, pour vivre une dernière histoire d’amour avec la boulangère du coin, son ami Félix se met à fumer, les élèves désertent la classe et ceux qui restent s’interrogent sur le sens d’apprendre encore des connaissances. En pleine puberté, Magda commence aussi à ressentir des pulsions qui vont la faire “devenir femme” et s’affronte (ou s’émancipe) de sa grande soeur et de sa mère…

L’idée de casser dès le prologue le suspense autour de l’apparent enjeu de l’histoire peut laisser perplexe, à l’entame de la lecture. Mais l’objet de ce roman graphique est ailleurs. Et ce récit apocalyptique “intimiste” tient bien les deux bouts de son propos : être un “récit-catastrophe” mais centré sur l’horizon quotidien immédiat et les problèmes personnels de son héroïne. Ici, les dérèglements d’une société partant à la dérive sont bien présents, comme l’ambiance générale de déréliction sociale, mais restent évoqués à la marge. A travers une façade d’immeuble taguée, une entrée de lycée dévastée, l’absence d’électricité (sans que cela ne paraisse d’ailleurs vraiment influer sur la vie de la famille). A travers, surtout, le regard de Magda, auquel le trait semi-réaliste de Carole Maurel apporte une touchante empathie. Le vrai bouleversement est intérieur. C’est avant tout celui d’une crise d’adolescence puissance XXL. Et le choc final, précédé par une séquence de clôture très réussie – mêlant drame glauque et panache collectif  – n’est n’est pas moins violent et fort.

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By Daniel Muraz

Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté.
Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre.

Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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