Mal de mère et sacrée gueule de bois

    MalDeMere_C1C4.inddMal de mère, Rodéric Valambois. Coll. Quadrants / Editions Soleil, 224 pages, 18,95 euros.

    Encore un album redécouvert, ou plutôt injustement laissé de côté. Sans doute aussi parce qu’il y a une certaine réticence à se plonger dans cet univers familial si banal et si destructeur. Si autobiographique également.
    On est donc transporté dans l’enfance de Rodéric Valambois, âgé de 9 ans au début du récit, et de sa famille : son frère aîné un peu bourru ; sa jeune soeur ; son père, dur, très occupé, maire du village et apparemment travaillant “dans les livres”, toujours dans son bureau. Et bien sûr, sa mère, l’élément central de ce roman graphique. Institutrice en école maternelle, s’occupant de la maison, des tâches ménagères, pestant un peu contre ses enfants qui ne l’aident pas. Une famille de la classe moyenne, comme tant d’autres dans la France des années 80. Un peu austère. Où les parents s’engueulent un peu plus souvent que la norme, peut-être.
    Mais, comme on le découvre en même temps que Rodéric – dernier informé de la famille – cette famille banale, à défaut d’être idéale, se cache un grand tabou : cette mère d’apparence parfaite est “alcoolique”. Et la famille va devoir vivre avec…

    L’alcoolisme vu comme un mal insinueux, détruisant la personne alcoolique, mais aussi son entourage, impuissant, incapable de vraiment faire face. Pour qui a pu connaître dans son entourage ce type de “maladie”, ce roman graphique est une vraie révélation. Rodéric Valambois trouve le ton juste – et c’est tout sauf évident – pour décrire cette vie familiale plombée par l’alcool. Et, au-delà du “mal” de sa mère, il décrit fort bien l’évolution de la famille, des relations entre frères et soeur, la maladresse paternelle, incapable de trouver le bon type de réponse à apporter. Un mélange de naïveté enfantine et de dureté, exprimée également par son dessin caricatural mais tendre, proche par certains aspects des personnages du style mangas. Et un traitement en niveau de gris qui reflète bien la grisaille de cette existence. Un univers sombre mais sans pathos, découpé en petites tranches de vie saisissantes de véracité, accompagnant toujours la réflexion et la prise de conscience du petit garçon que fut Rodéric, jusqu’au jeune auteur de bande dessinée qu’il est devenu.
    Un témoignage fort et touchant qui, s’il n’empêchera jamais personne de sombrer dans l’addiction alcoolique, permet de bien comprendre ce que cette “maladie” peut faire subir. A toute une famille. Et ce tout au long d’une vie.

    Avec Juliette Muraz

    Affection maternelle.indd

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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