Maladie d’amour sans coup de foudre

    Amorostasia, Cyril Bonin, éditions Futuropolis, 128 pages, 19 euros.

    Chez Sardou, elle courait, la maladie d’amour. Dans  ce nouvel album de Cyril Bonin, elle fige ceux qui en sont touchés : un baiser, un échange de regards langoureux et voilà le couple plongé dans un état catatonique, le métabolisme au ralenti et insensible au monde extérieur. Débutée à Paris, l’épidémie commence à se répandre dans le pays et le monde entier. Et les effets de l’amorostasie (ainsi que ce nouveau mal a été baptisé) désagrègent la société. Tandis que le malaise s’installe dans les couples qui en demeurent indemnes, les pouvoirs publics en viennent à recommander d’éviter toute manifestation intempestive du sentiment amoureux. Une consigne qui va aboutir à fermer bars et boîtes de nuit, à cacher les toiles trop suggestives des musées ou a imposer le port d’un brassard chez les personnes ayant pu susciter un tel émoi. C’est ce qui va arriver à la jeune journaliste Olga Politoff. Enquêtant sur la maladie, elle va y être confrontée très directement, à travers ses relations avec son fiancé, ses collègues ou un mystérieux et séduisant voleur…

    Après les réussis La belle image ou L’Homme qui n’existait pas, Cyril Bonin poursuit son étude des sentiments de ses contemporains. Avec une très belle idée, ici. A la fois par sa portée poétique – et scientifique, comme le souligne le professeur Bernard Sablonnière en préface – mais aussi dans sa dimension sociologique et politique, où comment une épidémie peut déployer ses effets ravageurs, suscitant inquiétude, paranoïa et mesures liberticides. Son dessin semi-réaliste, juste rehaussé ici de niveaux de gris, se montre toujours aussi délicat et envoûtant.

    Si l’idée était donc séduisante, dommage que le récit soit, lui aussi, victime de cette langueur, associée parfois au sentiment amoureux. Les nombreuses pistes distillées au fil des 124 planches sont stimulantes mais souvent juste évoquées et l’épilogue, un brin attendu, tient un peu de la pirouette. Un manque de passion qui empêche le total coup de foudre avec un album qui vaut, néanmoins, incontestablement, le coup d’oeil.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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