Man in the window, captivante fenêtre temporelle

    Man in the window, tome 1, Masatoki (scenario), Anajiro (dessin). Editions Ki-oon, 216 pages, 7,90 euros.

    Après avoir lu le premier tome de Man in the window, vous ne regarderez certainement plus les fenêtres qui vous entourent du même œil. Et si elles s’ouvraient sur votre futur ? C’est le point de départ choisi par le mangaka coréen Masatoki, qui signe ici un thriller temporel haletant, plein de rebondissements.

    On suit Shuhei, 17 ans, qui aspire à une carrière de médecin. Très bon élève, le lycéen rêve d’intégrer Todai, la prestigieuse université de Tokyo. Un jour, il reçoit un mot d’Ayaka, une camarade de classe qu’il aime en secret. Ce bout de papier le mène à une ruelle pas franchement accueillante, près d’une librairie. Il est censé taper à la dernière fenêtre de droite. Sceptique au départ (d’autant qu’Ayaka ne semble pas être à l’origine du mot), le timide Shuhei s’exécute. Quelques instants après avoir toqué à cette fenêtre verrouillée, un homme un peu plus âgé lui répond. Etrangement, cet homme au visage balafré semble tout connaître de Shuhei. Et pour cause, il s’agit de son moi âgé de 20 ans…

    Shuhei peine à y croire mais les preuves sont là. L’homme se tenant derrière la fenêtre détient sa carte de lycéen, connaît toutes sortes de détails intimes sur sa vie. Au cours d’une autre rencontre, Shuhei jeune brise volontairement son téléphone portable. Ce geste a des conséquences immédiates de l’autre côté de la fenêtre. La preuve ultime que le balafré dit vrai. Totalement déboussolé, le jeune Shuhei se voit très vite proposer un marché par cet alter ego hirsute, mal rasé, vivant dans une chambre crasseuse et qui a visiblement échoué à devenir médecin. Que s’est-il passé en à peine trois ans pour qu’il en soit arrivé là, se demande stupéfait le lycéen ? Plutôt évasif sur ce point, le Shuhei adulte n’a plus rien à perdre. Il est prêt à tout pour réécrire son passé et propose, pêle-mêle, à son moi âgé plus jeune, de tricher aux examens, de gagner au loto ou encore d’aller récupérer un magot caché par des malfrats. Tout est bon pour lui (ou leur) assurer un avenir (et un présent) doré. La tentation est grande mais quelque chose cloche. Inquiétant et manipulateur, le Shuhei adulte n’a visiblement aucun scrupule à transgresser la légalité et semble cacher des secrets. Au fil des rencontres, le jeune Shuhei  perd, à chaque fois, un morceau de son âme et de son moi… Jusqu’où ira-t-il ?

    Manga de type seinen, Man in the window explore un thème largement exploité dans d’innombrables bandes dessinées : le voyage dans le temps et plus précisément l’effet papillon. Ici, présent et futur s’entremêlent dans un récit où rien ne se passe comme prévu. C’est d’ailleurs ce qui fait la force de Man in the window : Shuhei adulte a beau connaître l’avenir, il ne parvient pas à ses fins et doit déployer une formidable énergie pour manipuler son jeune moi qui fait de la résistance.

    A travers un récit rythmé, Masatoki ne nous explique pas vraiment (peut-être au cours des deux prochains et derniers tomes) pourquoi et comment cette fenêtre temporelle est apparue. Il se concentre avant tout sur l’intrigue conçue comme un jeu de piste et une bataille psychologique entre les deux personnages principaux (avec pour fil conducteur une relation amoureuse compliquée entre Ayaka et Shuhei). L’histoire  renvoie d’ailleurs parfois à Death note imaginé par Tsugumi Oba et dessiné par Takeshi Obata.
    Les dialogues sont à la hauteur du scénario et décrivent bien comment le jeune Shuhei est tiraillé entre la tentation de changer son futur et la volonté de ne pas céder à ce qui ressemble bien à des magouilles. Un manga prenant qui se lit d’une traite.

    Côté graphisme, on n’est pas déçus par Anajiro, jeune dessinateur en devenir. Le trait est soigné avec des personnages parfaitement mis en scène. Le travail des ombres souligne bien l’atmosphère inquiétante et sombre du manga. Les décors, essentiellement urbains malgré un passage réussi dans une forêt pluvieuse, sont particulièrement réalistes. Tout comme les expressions des personnages et l’évolution physique de Shuhei.
    Quelques belles pleine-pages viennent agrémenter les 216 pages. Enfin, mention spéciale à la jolie couverture souple sur laquelle est couchée un captivant Shuhei adulte semblant attendre un signe du lecteur. Peut-être pour mieux l’attirer dans ses filets.

    Par Bakhti Zouad

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