Marcas sort bien de l’ombre

    Marcas, maître franc-maçon, le rituel de l’ombre, tome 1, Giacometti, Ravenne, Parma, éditions Delcourt, 56 pages, 13,95 euros.

    Huit ans après avoir pris vie en roman, Antoine Marcas, le flic franc-maçon héros de Jacques Ravenne et Eric Giacometti connaît une seconde vie en bande dessinée. Ce sont d’ailleurs ses deux auteurs qui assurent cette transposition, gage de fidélité à leurs récits à l’univers qu’ils décrivent, dévoilant à chaque fois des aspects des rites de la franc-maçonnerie.
    En toute logique, c’est le premier roman de la série, le Rituel de l’ombre, qui lance cette série chez Delcourt. Un ouvrage avec un potentiel romanesque fort, autour d’une résurgence de la société raciste allemande de Thulé – dont firent partie des membres de l’entourage d’Hitler – devenue ici une vraie multinationale néo-nazie dirigée par un vrai méchant Sol, ancien waffen-SS. Marcas va se trouver confronté à eux, après deux crimes perpétrés à Jérusalem et Amsterdam, singeant le rituel de la mort d’Hiram, figure légendaire de la maçonnerie.

    S’il était attendu par les fans, ce passage à la BD n’était pas forcément évident. Difficile, en effet, de plonger ainsi dans une histoire aussi référencée en 48 petites pages (pour des copieux romans dépassant les approchant les 500 pages !). Quant à la couverture – graphiquement très réussie – en se focalisant trop sur ce “maître franc-maçon”, sur fond de village en flammes, elle prend le risque d’induire en erreur sur le rôle et l’action de son héros, posé en “super-héros” qu’il n’est pas dans les romans… ni d’ailleurs dans ce récit.
    Ce premier album peine donc un peu, au départ, à installer ses nombreux personnages avec une action qui se démultiplie, se déroulant de la terre sainte à la Croatie, de Paris à Rome. Et remontant jusqu’en 1944 et l’évacuation par la société de Thulé de documents ésotériques apparemment en lien avec les franc-maçons… Et les spécialistes – ou membres de la franc-maçonnerie noteront sans doute une erreur flagrante de positionnement des bulles entre le conférencier et le vénérable de la loge, dans une case, au tout début, lors de la tenue dans la loge à Jérusalem. Il serait cependant réducteur et injuste de s’arrêter là.

    Progressivement, en effet, la mayonnaise prend. Dans un style réaliste et dynamique – qui fait songer forcément à XIII – l’italien Gabriele Parma donne chair aux personnages. Au premier rang desquels notre inspecteur Marcas, profilé pour devenir un vrai bon héros de BD. Et ce thriller ésotérique ne déçoit pas. Malgré les incontournables simplifications et le rythme différent induit par l’art séquentiel, on y retrouve cette ambiance, assez unique, qui fait tout le charme des bouquins du duo Giacometti-Ravenne.

    Cette première partie du diptyque s’achève dans un crescendo de tension, avec nos héros coincés dans les archives du Grand Orient de France à Paris, sous la menace des tueurs de Thulé et la révélation, avec un flash-back pendant la campagne d’Egypte, du terrifiant pouvoir du “rituel de l’ombre”. Avec une dernière case saisissante, qui donne forcément envie de connaître la suite.

    Une première tentative de transposition réussie, donc, qui s’accompagne – comme dans les romans, d’un petit dossier pédagogique, en annexes, faisant la part du vrai et du faux et donnant des éléments pour aller plus loin.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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