Mattéo au pays des Soviets

    MATTEO,  deuxième époque (1917-1918) de Jean-Pierre Gibrat, ed.Futuropolis, 80 pages, 16 euros.

    On avait laissé Mattéo, le nouveau héros de Jean-Pierre Gibrat, en partance vers l’exil et l’Espagne, après une épreuve du feu particulièrement traumatisante  sur le front de la Grande Guerre. Et un retour qui ne l’est guère moins sur le plan sentimental… La Juliette de ses amours ayant définitivement basculé vers un beau Roméo, aviateur et fils des propriétaires terriens du coin.

    Octobre rouge

    Le jeune homme, déserteur,  ne restera pas longtemps de l’autre côté des Pyrénées. Car en cette année 1917, c’est en Russie que l’Histoire se joue.  Avec Gervasio, l’ami de son père, Mattéo embarque pour Petrograd, en mission pour le compte des anarchistes espagnols.

    Au cœur de la révolution qui s’embrase, ils sont accueillis par un jeune libertaire. Et Mattéo se voit ordonné d’immortaliser l’événement en photos. L’immersion dans la révolution d’octobre se double d’un tourbillon des sentiments. Sans oublier Juliette, Mattéo découvre la jeune et jolie bolchevik Léa, aux convictions bien arrêtées – et quelques planches font songer à Reds, le beau film lyrique et enthousiaste de Warren Beatty inspiré des 10 jours qui ébranlèrent le monde de John Reed, qui parvenait fort bien à susciter cette explosion de toutes les normes – sociales ou sentimentales – que représente l’instant révolutionnaire.

    L’ivresse de la révolution

    Mais Mattéo sera vite dégrisé de l’ivresse de cette révolution-là. De même que dans le premier tome, Gibrat ne cachait rien de l’horreur des tranchées, il détaille ici les conflits entre les différents courants de la révolution russes, bolcheviks et anarchistes (du côté desquels il se situe) principalement. Le tout largement arrosé de vodka. Car si “la révolution n’est pas un dîner de gala“, comme l’affirmera plus tard Mao, l’alcool coule à flot dans le Petrograd de Gibrat. Une vision qui semblera iconoclaste, voire choquante aux adeptes du puritanisme révolutionnaire, mais qui participe de la vision profondément humaniste avec laquelle Jean-Pierre Gibrat aborde sa nouvelle saga. Une approche en tout cas nettement plus subtile, pour ce voyage “aux pays des soviets”, que celle de son célèbre prédécesseur Tintin.

    Il relate tout cela avec un mélange de délicatesse et de réalisme abrupt qui fonctionne parfaitement. Ou, plus exactement, il restitue cette réalité violent avec un trait toujours fin et sensible. Et – même si cela l’agace – ses nouveaux personnages féminins, comme ici Léa ou Amélie, la jeune infirmière, sont toujours aussi craquants et pleins de charme (et  Juliette ou Léo dévoilent même, au détour d’une case, pleinement ces charmes !).

    En tout cas, si Mattéo, à l’issue de cette “deuxième époque” se retrouve embarqué dans une nouvelle galère, la série, elle, poursuit sa route avec force et vigueur.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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