La Belle mort, Mathieu Bablet. Editions Ankama, 144 pages, 17,90 €.

    Dans ce monde post-apocalyptique, les hommes ne sont plus les maîtres de la terre, désormais supplantés par des insectes géants. Dans une métropole vidée de sa population, Mathieu Bablet nous fait suivre l’errance de trois survivants dans cette jungle urbaine décrépite. Avec ses personnages semi-réalistes taillés à la serpe, cette ambiance poisseuse, renforcée par des couleurs saturées et assombries, le jeune auteur grenoblois (21 ans seulement !)  fait une entrée remarquée et assez magistrale dans le monde de la bande dessinée (et de l’illustration au vu des dessins visibles sur son site).

    D’entrée, le prologue – et sa conclusion ironiquement nihiliste – immerge le lecteur dans un monde sans pitié et sans rémission, faisant forcément songer à La route de Cormac Mac Carthy. La suite, avec son trio que l’on suit dans la vacuité d’un monde sans autre but que de survivre, renvoie à l’ambiance de l’implacable roman de Thomas Disch, Génocides (avec des créatures insectoïdes en place des végétaux).Et c’est avec une belle maîtrise que Mathieu Bablet maîtrise sa narration, avec sa lenteur étudiée, de belles planches muettes et contemplatives sur cette fin du monde.

    La fin de l’ouvrage, qui justifie le titre (dans l’esprit de l’idéologie de la Grèce antique, promettant au soldat s’étant battu d’une façon héroïque, une gloire immortelle) bifurque vers un univers cette fois plus directement fantastique où l’action reprend ses droits, mais au détriment de ce qui faisait l’originalité de l’album . Mais pas de quoi gâcher cette belle révélation.

    Et un ouvrage qui a toute sa place sous le label 619, qui rassemble, chez Ankama, des livres d’univers contemporains. Une pop culture moderne et, ici, d’une sombre beauté.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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