Le futur, c’est presque maintenant avec Delépine, Stan et Vince

    Now Future, Benoît Delépine (scénario), Stan et Vince (dessin). Editions Glénat, 160 pages, 22,50 euros.

    Utraviolence, hyper-pornographie et monde ultralibéral. L’avenir imaginé par Benoît Delépine et concrétisé par Stan et Vince voilà une quinzaine d’années n’a pas pris une ride. Et s’avère même plus singulièrement prophétique. Le Future, c’est maintenant, ou presque.

    Un mercenaire, Sam K, est engagé pour supprimer l’équipe de sécurité qui garde la tour hyper-protégée où est conservé le secret de la boisson la plus prisée au monde ; une jeune femme innocente, Vic, séduite par un cinéaste devient à son corps défendant la première actrice hologrammée-clonée et fait montre d’une ténacité à toute épreuve pour survivre ; un ex-prêtre défroqué et shooté est payé pour retrouver le fils d’un milliardaire moribond, embarqué dans un gros délire mystique…

    Au début des années 2000, Benoît Delépine (le Michael Kael de Groland et le cinéaste inspiré de Louise-Michel ou le récent Saint-Amour) avait été associé à Stan & Vince par l’éditeur Hervé Desinge pour le magazine l’Echo des Savanes. En étaient nés, entre 2000 et 2005, trois récits d’anticipation “pour adultes” bien déjantés : L’Imploseur, La Bombe et GodKiller. Ces trois albums sont aujourd’hui rassemblés dans cette jolie intégrale, sertie dans une élégante jaquette noire et complétée par un dossier d’archives reprenant notamment les couv’ originelles ainsi qu’une préface signée Normand Spinrad (excusez du peu), le grand écrivain de SF américain également adepte des récits explosifs et hallucinés.

    L’élégance n’est certes pas la première chose qui saute aux yeux en se plongeant dans ces trois histoires. Agressives dans le ton et les couleurs, avec un dessin très contrasté et des personnages outranciers, les récits font plutôt dans le post-punk énergique. Mais les personnages n’en conservent pas moins une forme d’innocence – ou de pureté – touchante. Et la réunion des trois albums permet aussi de restituer l’évolution du dessin du duo Stan & Vince. Plutôt brut dans l’Imploseur, il s’affine dans GodKiller, avec des planches assez superbes, jouant même avec Goya, Rembrandt ou le “cri” d’Edward Munch.

    Pas d’ambition visionnaire démesurée ici, mais une “anticipation” qui marche incontestablement toujours. Entre les conséquences de l’irresponsabilité de l’armée américaine, le regain des religions “relookée” et des réalités de plus en plus virtuelles, connectées et possédées par le fric, cette vision prend même une consistance encore plus forte qu’il y a quinze ans.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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