Astérix et le Papyrus de César, info ce qu’il faut

    1er_De_Couv_Papyrus 2.inddLes aventures d’Astérix, tome 36: Le papyrus de César, Jean-Yves Ferri (scénario), Didier Conrad (dessin). Editions Albert-René, 48 pages, 9,95 euros.
    Version “luxe”, 128 pages, 39 euros.

    Le battage médiatique et marketing du lancement de l’album (avec son tirage record de 2 millions d’exemplaires) étant un peu retombé, qu’en est-il donc vraiment de cette nouvelle histoire d’Astérix ? Disons-le d’entrée, celle-ci est plutôt réjouissante et tient bien sa place dans la saga de la série.

    Et même dans la “Grande Histoire”, puisqu’il est ici question de la Guerre des Gaules, témoignage livré à la postérité par Jules César au sommet de sa gloire. Son conseiller obséquieux, Bonus Promoplus, lui suggère cependant d’en supprimer le chapitre sur les “revers subis face aux irréductibles Gaulois d’Armorique”, histoire de ne pas altérer son image, alors que plus personne à Rome ne se soucie de cette poignée de barbares analphabètes. César se laisse séduire, mais le manuscrit parvient à un “colporteur” gaulois, Doublepolémix, bien décidé à faire triompher la vérité et faire “trembler l’empire” par ses révélations. Il parvient à se réfugier au village des “irréductibles” et ceux-ci décident d’envoyer Panoramix, Astérix et Obélix dans la forêt des Carnutes, afin que le contenu du papyrus soit livré au druide Archéoptérix, gardien secrets des connaissances gauloises, qui se transmettent par le bouche-à-oreille (car, c’est bien connu des Gaulois: les écrits s’envolent, les paroles restent)…

    Le génie de Goscinny dans Astérix, avait été de coller à l’air de son temps à partir d’anecdotes historiquement fondées sur l’antiquité romaine. On retrouve ici cette manière d’aborder son époque, avec le thème – ô combien d’actualité – de la société de communication, ses enjeux en matière de liberté d’expression ou de “communication”. Ici, ceux-ci prennent la forme de personnages plutôt bien campés – de l’insupportable conseiller Promoplus inspiré par Jacques Séguéla au courageux “lanceur d’alertes” Doublepolémix, double guère masqué de Julian Assange. L’univers informationnel ressort aussi à travers les habituels calembours des noms des personnages (de l’esclave scribe BigData au seul abonné gaulois de l’Echo de Condate, Résowifix) ou de la nouveauté romaine révolutionnaire en matière de communication qu’est le réseau de pigeons voyageurs. Le tout est subtilement amené, dans un contexte historiquement fondé sur les différences de civilisation entre culture de l’écrit chez les Romains et oralité gauloise.

    Le fait de partir d’un “chapitre secret” de la Guerre des Gaules de Jules César est également une bonne idée de départ, même s’il sert surtout de prétexte à une aventure – menée en parallèle entre le trio de nos héros et les péripéties au village – plutôt classique. Celle-ci se décline, comme à l’accoutumée, joyeusement lestée de son lot d’anachronismes et de jeux de mots savoureux (comme le druide Gasdechix qui envoie son “twit” à l’aide d’un roseau – car c’est bien connu: “pas de roseau, pas d’appel“).

    ça, c'est de la belle bagarre !
    ça, c’est de la belle bagarre !

    Après un premier essai chez les Pictes, qui avait surtout valeur de test (et qui, à défaut d’emporter l’enthousiasme, atténua les craintes), Didier Conrad et Jean-Yves Ferri paraissent ici plus libérés. Et ils ont aussi eu un peu plus de temps pour travailler ce deuxième album.

    Plus dense, le récit est ainsi plus fluide et drôle, tandis que le dessin de Conrad s’inscrit parfaitement dans la suite d’Uderzo, un zeste d’expressivité en moins. Et puis, après avoir contourné l’obstacle, Conrad livre ici une belle séquence de bagarre, ce moment emblématique des histoires d’Astérix et d’Obélix, tout récemment honoré d’un album pop-up.

    Dans le ton de la série, respectueux de son passé tout en la réactulisant, le duo d’auteurs confirme en tout cas qu’ils ont la pointure pour poursuivre la saga ouverte par Goscinny et Uderzo. Deux fondateurs à qui leurs successeurs adressent, en dernière page, un joli petit clin hommage bien amené.

    Pour les grands fans (ou les plus fortunés), ce Papyrus est aussi sorti en version “luxe”, en grand format, enrichi de crayonnés originaux et d’un dossier racontant les coulisses de la conception de l’album.

    Papyrus César_planche

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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