Dans l’intimité de Léonard de Vinci

    Léonard & Salaï, tome 1, Benjamin Lacombe, Paul Etchegoyen. Editions Soleil, Coll.Noctambule, 96 pages, 17,95 euros.

    A l’image de Noé, portraituré en barbare misanthrope et dépressif, et même si ce n’est pas du tout le même genre, c’est un Léonard de Vinci surprenant que Benjamin Lacombe et Paul Etchegoyen évoquent dans Léonard&Salaï.

    Le célèbre portrait du vieil homme à la barbe blanche et au regard perçant laisse place à un créateur dans la force de l’âge, élancé et beau, moderne et humaniste (végétarien, écolo). Se glissant dans l’intimité du génie, ils centrent leur récit sur les relations entre Léonard et Salaï, le jeune apprenti avec qui il partagera trente années de sa vie. Cette évocation romanesque et amoureuse décrit aussi un créateur assez souvent fauché, qui connaît plus d’échecs que de réussites et qui est contraint de s’exiler de villes en villes selon les bonnes fortunes de ses bienfaiteurs et des commandes qu’on lui soumet.

    Ce premier volume va de 1490, au moment où Léonard rencontre Salaï (ou plutôt quand Salaï, petit voleur, est découvert dans l’atelier du peintre) à 1506 et l’arrivée de Francesco Melzi, futur favori de Léonard. Entre temps, Léonard et ses collaborateurs auront dû quitter Florence, suite à la défaite du duc de Sforza face aux Français, pour rejoindre Mantoue et la protection – pesante – d’Isabelle d’Este, puis Venise, avant un retour à Florence.

    Aborder l’histoire de l’art et d’un de ses plus illustres représentants du côté de l’alcôve à un petit côté presse people a priori, pas le plus emballant. Mais si le récit de Benjamin Lacombe et Paul Etchegoyen s’intéresse à l’amour de Léonard pour Salaï, avec pudeur et délicatesse, c’est plus largement une vision de l’artiste à la Renaissance et des contraintes quotidiennes qui pèsent sur lui que dépeignent les deux auteurs. Cette approche est déjà intéressante et instructive, en soi. Mais elle se double d’un travail graphique tout aussi original et impressionnant. Un travail qui explose dès la première double page, avec une vue magistrale de Florence en 1490 vue du ciel.

    Réalisant l’album “à quatre mains”, Lacombe et Etchegoyen ont mis en scène cette vie au lavis et à la gouache, avec un soin méticuleux du détail et un style enlevé et doux, en choisissant une palette de couleurs inspirée des carnets de Léonard de Vinci. D’où un album avec une bichromie de bistre, de sépia, de gris, de violine,  entrecoupée de pleine page ou de double pages colorées de reproduction des tableaux du maître. Car c’est l’autre petit exploit de ce diptyque: la copie de plusieurs tableaux du maître, dont La Cène (réinterprétée sans ses détériorations actuelles), la Joconde (à qui ils attribuent comme modèle Salaï) ou l’épique Bataille d’Anghiari, fresque inachevée et disparue.

    Un bon dossier complète ce premier tome (avec un long entretien avec les auteurs, esquisses, croquis, comparaison entre les tableaux et leur reproduction, chronologie).

    La seconde partie devrait être du même style, abordant la genèse d’autres oeuvres marquantes de Vinci que l’on suivra jusqu’à son exil en France, au Clos Lucé, près de Blois… Et au “ménage à trois” formé par Léonard, Salaï et le jeune Francesco Melzi, qui apparaît dans la dernière case de ce premier album. Bref, la ligne semble bien fixée…

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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