Pension Moreau vache

    La pension Moreau, tome 1: les enfants terribles, Benoît Broyart (scénario), Marc Lizano (dessin). Editions de la Gouttière, 48 pages, 14 euros.

    Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan ! C’est la meute des honnêtes gens qui fait la chasse à l’enfant“. Si le professeur Turoc, directeur de la Pension Moreau, aime à écouter ce poème de Jacques Prévert, son établissement n’a pas grand chose à envier au bagne pour enfants qui avait inspiré le poète.
    Hibou imposant, il dirige d’une main de fer l’établissement où vient d’arriver Emile, jeune garçon mutique uniquement passionné par le dessin. Le petit blondinet rêveur va faire connaissance des autres pensionnaires, pour la plupart fils de parents fortunés qui ont fait le choix de confier “définitivement” leur progéniture à la Pension. Ensemble, ils vont subir les cours du Pr Rastoc ou les humiliations et brimades du personnel, à tête de phacochère. Dans cette ambiance concentrationnaire, l’amitié des enfants va être mise à rude épreuve…

    Ce premier tome d’une trilogie annoncée pose fort bien le décor. Et si le sous-titre en est “les enfants terribles”, c’est bien plutôt les adultes qui le sont ici. Parents tout prêts à abandonner leurs enfants et créatures inquiétantes (Pension du Dr Moreau ?) anthropomorphes portant leur caractère derrière leur aspect de hibou, de renard, etc.
    C’est donc sous l’égide de Jacques Prévert qu’est placé cet album, dont l’histoire fait songer à une vision fantasmatique des Innocents coupables d’Anlor et Laurent Galandon.
    On peut y retrouver en effet le mélange de gravité et de poésie et le vieux fond libertaire du poète, trop réduit à une lecture enfantine de ses poésies.
    Ici, la transposition du récit dans un univers mi-animalier et le trait un peu grotesque des personnages en accentue le côté fantastique de fable cauchemardesque. Dans un style plus sombre que celui auquel il nous avait habitué, par exemple dans l’émouvante Petite famille, Marc Lizano restitue de façon sensible le mélange d’innocence et de haine de ses petits héros.
    Notons enfin la belle couverture, rehaussée de traits dorés et d’une fausse tranche qui reflète bien l’aspect de conte tragique.
    Une histoire assez dure – surtout pour un public conseillé à partir de 8 ans – mais incontestablement prenante, dont on attend la suite la peur au ventre (titre annoncé du tome 2), donc…

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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