Pirate d’eau douce

    L’homme aux bras de mer, Simon Rochepeau (scénario), Thomas Azuélos (dessin). Editions Futuropolis, 176 pages, 22 euros.

    En avril 2009, l’affaire avait défrayé la chronique. Un voilier français était pris d’assaut par des pirates au large des côtes somaliennes. L’intervention de la marine française se soldera par la libération des passagers, la mort du skipper et de deux pirates. Trois autres assaillants sont arrêtés et vont être jugés à Rennes, en 2013. C’est l’histoire de l’un d’eux qui est raconté ici. En empruntant des chemins de traverse.

    Mohamed – puisque tel est son nom – se révèle au lecteur en même tant qu’au premier protagoniste rencontré dans l’ouvrage: Maryvonne. Quinquagénaire, licenciée, cette Bretonne était devenue visiteuse de prison enseignant le français aux détenus. Notamment à ce jeune Africain dont elle ignore tout. Lorsqu’elle apprend qu’il s’agit d’un “terroriste”, c’est le choc. Mais, finalement elle retourne à la prison, aidée par la Cimade, association d’entraide dans laquelle elle va s’investir jusqu’à en devenir présidente régionale.
    En parallèle, la vie de Mohamed se dévoile peu à peu. Né en 1982, le même jour – ironiquement – que celui de la maison d’arrêt où il est enfermé a été inauguré ! Dès 13 ans, il part pêcher avec son père, mais bientôt, son activité et mise à mal par l’arrivée de gros chalutiers étrangers. En 2004, tout s’arrête avec un tsunami qui emporte son petit bateau. Par la suite, de petits boulots en galères, il se voit contraint pour rembourser ses dettes à intégrer la bande qui va attaquer, par hasard, le voilier. Apparemment, Mohamed n’aura pas tiré une balle. Mais il va donc se retrouver à des milliers de kilomètres de chez lui, dans une prison bretonne…

    Dans ce documentaire graphique au long cours, le lecteur est placé d’entrée du côté, et aux côtés des protagonistes. L’histoire se contente de relayer le point de vue du “pirate” et de celle qui va le sortir de son enfer carcéral. De fait, l’abordage reste hors-champ et n’est ici que le prétexte à l’évocation du sort tragique d’un homme, mais aussi des solidarités qui vont naître autour de lui.
    Original par son thème et son traitement, cette immersion chaleureuse souffre cependant de longueurs, de séquences un peu trop bavardes et d’un rythme linéaire qui, sur près de 180 pages, devient forcément pesant.
    A l’inverse, si l’histoire est lourde, le graphisme est léger. Découvert avec Le Fantôme arménien, le trait de Thomas Azuélos est aussi sensible que le récit. Avec des aquarelles en dégradés de gris pour le récit de Maryvonne, rehaussées de touches rouges, plus violentes, pour celui de Mohamed. Avec une forme de flou qui reflète l’incertitude mouvante de l’existence du jeune somalien – dont la postface nous apprend qu’après sa période carcérale, il s’est vu refusé le droit d’asile.

    Une rencontre-débat avec Simon Rochepeau, Thomas Azuélos, Claude Gendrot (éditeur chez Futuropolis) et Maryvonne Le Naour (responsable de la Cimade) aura lieu ce samedi 16 septembre à 13 heures à la Fête de l'Humanité, au parc de la Courneuve.
    
    
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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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