Plongée au coeur de l’égoïsme néolibéral

    ère de l'égoïsme_couvL’ère de l’égoïsme, comment le néolibéralisme l’a emporté, Daryl Cunningham. Editions ça et Là, 240 pages, 22 euros.

    Il y a un peu trois livres dans ce gros roman graphique qui tient surtout de l’essai historique et économique engagé.

    Après avoir exploré l’univers psychiatrique et scientifique dans ses précédents ouvrages, cet auteur anglais plonge donc dans l’économie. Sous ses facettes les plus froides et détestables.
    La première partie est consacrée à la biographie d’Ayn Rand, théoricienne de “l’objectivisme” et de son égoïsme libertarien qui continue d’avoir une forte influence chez certains aux Etats-Unis. Deuxième volet, le décryptage de la crise de 2008 et de ses causes, notamment la spéculation sur les marchés dérivés. Le lien avec le chapitre précédent étant fait notamment par Alan Greenspan, président de la banque fédérale, fidèle adepte d’Ayn Rand et l’un des principaux responsables – par son dogmatisme – du krach. Enfin, dans une dernière partie, Cunningham interroge la psychologie des pensées conservatrices et progressistes et évoque l’une des conséquences politiques de cet “ère de l’égoïsme” avec l’émergence du Tea Party en Amérique et de l’UKIP en Angleterre.

    Album “trois en un” dans son découpage, l’ère de l’égoïsme l’est aussi dans sa lecture.
    La première partie, sur la vie d’Ayn Rand est claire et captivante, par rapport à un auteur très méconnu de ce côté de l’Atlantique. La seconde partie, sur la crise financière déclenchée en 2008 est détaillée et pédagogique, décryptant bien le mécanisme des subprimes, entre autre (phénomène déjà évoqué récemment dans HSE, tome 2).
    La troisième partie, plus ambitieuse et large, est en revanche un peu plus bancale. La tentative d’analyse de la psychologie de masses étant quand même un peu fumeuse et la conclusion apparaît assez naïve et simplette (sans être, ceci dit, totalement fausse !).

    Le dessin est aussi minimaliste que le propos est complexe (et, de fait, les récitatifs occupent souvent une moitié des cases). Mais Larry Cunningham parvient néanmoins bien à utiliser l’un pour faire passer l’autre. Le dessin, réduit parfois à l’essentiel, se faisant un bon outil de vulgarisation.
    Lu d’une traite, l’ouvrage pourra aussi apparaître un peu fastidieux. Mais il se montre incontestablement intéressant pour qui cherche à mieux comprendre comment on a pu en arriver là. Et l’épisode grec récent vient donner encore une nouvelle actualité au propos.

    ère de l'égoïsme_planche

    cf. voir page 152-153 pour cit.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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