Pour Boris Vian, c’est hommage et désert

    L’automne à Pékin, d’après le roman loufoque et délirant de Boris Vian, Gaëtan et Paul Brizzi. Editions Futuropolis, 120 pages, 21 euros.

    Rien dans cette histoire ne concerne l’automne, ni Pékin“, prévient Boris Vian au sujet de son roman. C’est en fait dans le désert d’Exopotamie, où la compagnie Wacco veut construire une nouvelle ligne de chemin de fer, que va se dérouler l’essentiel de l’action.
    Par suite d’un déplorable accident de la circulation à Saint-Germain-les-Prés, les deux jeunes ingénieurs Anne et Angel sont bombardés chefs de chantier. Avec eux, ils emmènent Rochelle, accorte secrétaire de direction et amante d’Anne, mais aussi le professeur Mangemanche, surtout préoccupé à faire décoller son prototype de modèle réduit.  Sur place, tout ce beau monde sera hébergé dans l’hôtel Barrizzone, où ils viendront copieusement renforcer la clientèle, uniquement composée avant eux, d’un abbé en quête d’évangélisation. ils vont rencontrer un archéologue et son équipe (dont la jolie assistante, Cuivre) en train d’exhumer le tombeau de Murdak. Malédiction de ce dernier ou malencontreux concours de circonstances, les accidents vont se succéder, tandis que les masques de chacun vont tomber…

    Après Céline, dans La cavale du docteur Destouches, les frères Brizzi s’attaquent donc à un autre monstre de la littérature française, Boris Vian. Et ce avec l’adaptation d’un roman jugé assez inadaptable (ouvrage à qui les éditions Pauvert donnent une nouvelle chance, en le republiant cet automne, après une parution 1947 puis en 1956). Venu du monde de l’animation, le duo  le fait encore avec un incontestable brio graphique. Leur dessin très expressif, leur palette chromatique soignée et une mise en scène dynamique restituent bien le côté burlesque de ce récit hautement fantaisiste.
    Au-delà de la réussite visuelle, le défi le plus réussi est encore de maintenir une vraie cohérence narrative à une histoire passablement absurde. Au fil des (belles) planches crayonnées avec vigueur, les héros en deviennent attachants, les figures purement artificielles prennent chair et l’on suit avec un plaisir grandissant leur odyssée loufoque dans ce désert très bavard.

    Voilà en tout cas une belle manière de rendre hommage à Boris Vian et de redonner de la visibilité à son oeuvre.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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