Qu’ils y restent, conte magistral

     Qu’ils y restent, Régis Lejonc et Pascal Mériaux (scénario), Riff Reb’s (dessin). Editions de la Gouttière, 48 pages, 15 euros.

    Riff Reb’s a été l’un des premiers auteurs de La Gouttière, avec son très joli conte La carotte aux étoiles (l’album est d’ailleurs réédité en ce printemps, avec une nouvelle couverture plus “dramatique” est en phase avec le climat de l’album). Il fait son retour au catalogue de la maison d’édition BD-jeunesse amiénoise, avec un nouveau conte magistral, scénarisé encore par Régis Lejonc, associé cette fois avec Pascal Mériaux (par ailleurs directeur d’On a marché sur la bulle, qui fait là une belle entrée, comme auteur, dans le monde du 9e art.

    Plongée donc dans l’univers des cauchemars enfantins, avec leurs horribles personnages. Loup, ogre, vampire, sorcier règnent en maître, chacun sur son territoire. Mais voilà, dans les grandes forêts du Nord, le loup a mangé tous les villageois, les bergères, le chaperon rouge et la dernière mère-grand ; sur les plateaux de l’ouest, dans son temple simili maya, l’ogre n’a plus de victimes sacrificielles et a boulotté son serviteur ; dans les montagnes de l’Est, aux allures transylvaniennes, le vampire ne trouve plus aucune vierge à qui sucer le sang ; enfin, dans les plaines arides du sud, les petits enfants qui faisaient l’ordinaire de ses repas ont eux aussi disparu. Alors, les quatre créatures ont convergé vers le coeur du monde, pour le combat ultime…

    Avec son grand format, sa reliure tissée et son beau papier à texture blanc cassé, Qu’ils y restent est déjà un bien bel objet, à la facture très soignée. Un beau livre de contes qui incite, à travers les regards en biais des quatre personnages sur la couverture à, justement, y plonger son propre regard

    Qu'ils y restent_plancheLes textes récitatifs sont succincts, mais d’une grande puissance évocatrice. Et ils servent les illustrations, majestueuses et profondes et qui sont comme autant de petits tableaux où l’on peut se laisser porter et rêveusement emporter.

    Paradoxalement (ou pas tant que ça en fait), l’ensemble est particulièrement bien structuré. Partant des quatre points cardinaux, rythmé en quatre chapitres à la construction répétitive (avant sa conclusion en forme de synthèse explosive), le scénario de Qu’ils y restent mêle intimement le fond (et le périple parallèle de ses créatures imaginaires) et la forme.

    Il en va de même du travail de Riff Reb’s. Quittant le dessin expressionniste jouant sur les ombres et les aplats noirs de son triptyque marin, il rend ici ouvertement hommage à l’illustrateur russe du début du XXe siècle Ivan Bilibine. Une approche référentielle qui se traduit notamment par la frise qui orne et accompagne chaque page, à la manière des enluminures populaires, mais aussi dans le traitement des couleurs. Un écrin qui offre un merveilleux cadre au récit, lui apportant son atmosphère et mettant en valeurs les deux ou trois grandes cases qui composent chaque planche.

    La chute (qu’on ne dévoilera donc pas), avec un bref retour au noir et blanc permet habilement de clore l’histoire et de dépasser le simple exercice formel pour le remettre en perspective et lui donner sa portée salvatrice.

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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