Ragemoor, le château fort de Corben

    Ragemoor, Richard Corben, Label Delirium, 120 pages, 20 euros.

    Le label Délirium de Laurent Lerner poursuit son intelligente et méritoire entreprise d’exhumation de bande dessinée anglo-saxonne. Après avoir débuté par l’excellente Guerre de Charlie (dont le tome 6 arrive en ce mois d’avril), et dans le même style de comics de guerre, le pas mauvais du tout Johnny Red, il a fait redécouvrir les magazines Eerie et Creepy et consacré un volume spécifique aux contributions de Richard Corben à ceux-ci.

    Dans la foulée, Delirum sort cette fois une histoire complète et récente de Corben: Ragemoor (toujours dans un grand format, sur un beau papier glacé et assorti d’un dossier comprenant une préface de François Truchaud – directeur éditorial des éditions NéO qui a assuré la traduction –  et un entretien avec l’auteur).

    Paru en quatre fascicules chez Dark Horse Comics voilà deux ans, ce récit est un huis-clos enfiévré dans un vieux château, Ragemoor, perché sur une falaise. Herbert, le maître des lieux y vit seul avec son père – devenu fou et errant nu dans les couloirs de la forteresse – et son majordome Bodrick. Lorsque l’oncle d’Herbert et celle qu’il fait passer pour sa fille, Anoria, passent la nuit au château, le fragile équilibre qui régit ce lieu maudit va s’effondrer. Car plus qu’une simple bâtisse, Ragemoor est un être vivant, issu d’une lointaine origine extra-terrestre, édifié au fil de rites païens et désormais peuplé d’une faune de babouins-gardiens et de serviteurs insectoïdes. Herbert, maître mais surtout serviteur du château va être amené à connaître l’indicible dans les tréfonds de l’édifice…

    Ayant retrouvé son scénariste-fétiche, Jan Strnad, Richard Corben est au meilleur de son style ici. Entre l’univers d’Edgar Poe et celui de H.P.Lovecraft, plus des réminiscences des films de la Hammer ou de la SF des années 1950, Ragemoor subjugue par son trait intense et ses noirs profonds. Si les personnages humains sont plutôt caricaturés, les créatures, elles, sont soigneusement travaillées. Et l’effet est pleinement réussi, surtout lors de quelques cases de mutations organiques tordues…

    Moins oppressant que délirant, le récit plonge toujours plus profond dans la folie de ses personnages en même temps que ceux-ci s’enfoncent dans les secrets du château. Jusqu’à la dernière planche, à la fois terrifique et non dénué d’humour (noir), qui clôt parfaitement l’histoire.

    Une histoire délirante qui a donc tout a fait sa place dans ce label Delirium.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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