Renaud Dély : “Sarkozy est le monsieur sans-gêne de la politique française”

    Avec Sarkozy et les riches, le journaliste Renaud Dély (ci contre croqué par son dessinateur) et le dessinateur Aurel abordent, après Sarkozy et ses femmes, un volet moins glamour mais plus intéressant encore de la biographie de Nicolas Sarkozy : celui de ses rapports avec l’élite financière française. Une relation nouée depuis longtemps, comme le rappelle judicieusement l’album à travers treize chapitres et autant de “cas”, de Martin Bouygues à Liliane Bettencourt. Avec des vedettes bien connues du grand public comme Bernard Tapie, mais aussi d’autres qui recherchent moins les feux des projecteurs et qui s’avèrent encore plus intéressants, comme le vieil Antoine Berheim, le plus “émouvant” du lot dans son rôle de parrain abandonné par celui sur qui il avait tout parié, ou Stéphane Richard, PDG d’Orange, le “modèle” avoué de Nicolas Sarkozy.Un album-enquête à lire pour mieux comprendre l’ascension de l’ancien maire de Neuilly et la politique menée lors de ce quinquennat, mais aussi pour sourire de la caricature joyeuse qui en est faite.

    Rencontre avec Renaud Dély, directeur de la rédaction du Nouvel Observateur et picard d’origine.

     


    “Je pense qu’il s’agit
    d’une grille de lecture pertinente
    du sarkozysme”

     

    Ce projet de second album, sur un tel sujet, était-il déjà présent au moment de lancer Sarkozy et les femmes ou s’est-il imposé après la réussite du premier ?
    Chronologiquement, nous avons été sollicités par Glénat pour refaire un album sur Nicolas Sarkozy, en effet car le premier avait bien marché. Mais c’est moi qui ait proposé ce thème. Car j’avais déjà travaillé sur le sujet, notamment dans Sarkozy et l’argent roi avec Didier Hassoux, et je pense qu’il s’agit d’une grille de lecture pertinente pour lire le sarkozysme…

    Le thème a été accepté tout de suite par votre éditeur ?
    Oui, sans souci. Après, c’est vrai qu’il s’agit d’un sujet plus explosif et gênant pour le pouvoir. Donc, le travail d’enquête a été encore plus poussé. C’est la raison aussi des notes dans la marge, qui servent à expliciter et valider l’enquête… Et le résultat a nécessité une relecture très précise de la part de l’avocat de Glénat !

    Comment s’est fait le choix des treize personnages évoqués dans l’album ?
    Il y aurait bien sûr pu en avoir d’autres, comme des stars richissimes du show-business tel Johnny Hallyday ou Christian Clavier ou d’autres stars du CAC40. Mais mon idée, et l’objectif de l’album, étaient de raconter des échanges de services. Nicolas Sarkozy, jeune élu de Neuilly, pour avancer, va chercher à courtiser ses riches administrés et eux vont s’apercevoir que c’est “le bon cheval”. Cette relation va bien sûr évoluer. Au début, c’est Nicolas Sarkozy le courtisan. Une fois président, cela va s’inverser. Mais ces treize cas illustrent de façon emblématique, ces “échanges de service” qui sont au coeur de la carrière du président.

     


    “L’argent et la fréquentation
    de ce monde “bling-bling”
    sont l’essence du sarkozysme”

     

    L’intérêt de votre album est en effet de rappeler la “genèse du sarkozysme”, à Neuilly, un passé qui est aujourd’hui occulté par les images par exemple du Fouquet’s en 2007 qui montre une fête entre “égaux” de l’élite…
    Oui, dès le début, lorsqu’il est élu en 1983 – il n’a alors que 27 ans ! – l’argent et la fréquentation de ce monde “bling-bling” constituent l’essence du sarkozysme, sa marque de fabrique et sa spécificité par rapport à d’autres personnalités de la droite française.

    La première vignette de l'album : Nicolas Sarkozy et Martin Bouygues s'empiffrant de chocolats. L'ambiance est posée.

    Dans la narration et son expression graphique, on constate un écart entre les textes, les informations transmises et le dessin d’Aurel qui se montre outrancier et caricatural, au sens qu’il exagère les situations. Par exemple, dès la première planche, avec Martin Bougues, à Neuilly. On voit Nicolas Sarkozy manger des chocolats avec l’héritier de la dynastie Bouygues, mais complètement avachi dans un fauteuil, les pieds sur la table, le visage barbouillé de chocolat. Et ce principe est ré-utilisé à de très nombreuses reprises ensuite…
    L’idée, qu’Aurel a fort bien rendu par cela, c’est de montrer un personnage très nature. Nicolas Sarkozy, c’est le monsieur sans-gêne de la politique française. Il a ce côté : pas de raison de se cacher, j’assume. Par exemple dans la planche que vous évoquez, on sait, c’est une info vérifiée que Nicolas Sarkozy et Martin Bouygues ont sympathisé très tôt, que ce dernier venait régulièrement le dimanche chez les Sarkozy et qu’ils aimaient manger des chocolats. Bien sûr, nous n’étions pas là pour voir comment cela se passait! Mais en le montrant s’empiffrer de chocolat, le trait d’Aurel renvoit à l’idée qu’il n’y a pas de raison de se gêner, que lorsqu’on sera au pouvoir, on va se gaver…

     


    “Là, je vais essayer
    de vivre sans
    Nicolas Sarkozy”

     

    Avez-vous eu des retours des personnes évoquées dans l’album ?

    La bande dessinée est sorti récemment. Donc non. En revanche, on évoque trois affaires qui ne sont pas encore terminées (l’affaire Tapie – Crédit lyonnais dans le chapitre sur Tapie, l’affaire de Karachi dans celui sur Nicolas Bazire et bien sûr l’affaire Bettencourt), et donc on s’est vraiment blindés.

    Vous ne craignez pas de contrôle fiscal ?
    (rires) C’est un classique des rétorsions possibles du pouvoir sur les journalistes. Mais, non. Nous sommes en règle et, de toute façon, ni Aurel ni moi n’avons des revenus gigantesques !

    Vous avez d’autres projets à venir ?
    Là, je vais d’abord essayer de me “sevrer” du sarkozysme, j’ai déjà fait un polar, deux essais et deux bandes dessinées sur lui. Je vais essayer d’apprendre à vivre sans Nicolas Sarkozy !

    La jolie quatrième de couverture, épurée et percutante.
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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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