Renaud Dillies toujours de très bon goût

    Saveur Coco, Renaud Dillies, éditions Dargaud, 80 pages, 16,45 euros.

    Il n’est pas sûr que le sticker, apposé par l’éditeur sur la couverture, et vantant un album “plus poétique que Le Petit Prince, par l’auteur nommé 3 fois aux Eisner Awards 2012 et 2013” serve vraiment Saveur Coco, tant l’oeuvre de Renaud Dillies est à l’opposé de tout battage marketing. Délicate et singulière, elle se découvre plutôt avec douceur et étonnement, avant que le ravissement n’opère. C’est aussi le cas ici.

    Tout n’est pas faux, cependant, dans cette accroche. Poétique, cet album l’est incontestablement, comme les précédents, avec cette petite note particulière qui fait la marque et tout le charme de l’auteur lillois de Betty Blues et Mister Plumb. Quant à la référence au Petit Prince, sans chercher à entamer une compétition aussi stérile qu’inutile entre les deux ouvrages, la référence s’impose d’elle même, ne serait-ce que par le décor désertique et asséché dans lequel se meuvent les personnages de ce drôle de conte animalier.

    Aussi atypiques qu’un prince tombé des étoiles, Jiři et et Pôlka sont – respectivement – une cigogne longiligne coiffée d’un sombrero et fumant la pipe ainsi qu’un petit renard candide. Assoiffés, dans ce désert sans nuages, ils vont partir en quête d’eau (qui vaut bien un mouton ou une rose). Ce sera le début d’un périple absurde, peuplé d’une faune fantaisiste d’éléphant en patins à roulettes, d’autruche couvant une noix de coco, d’un chameau homme-orchestre contrarié et, surtout, de poissons lunaires volants, seuls à même, peut-être, de les amener jusqu’au puits pouvant étancher leur soif… Des rencontres étranges qui rompent le fil d’une solitude désillusionnée.

    Après le délicieux Abélard (avec le scénariste amiénois Régis Hautière), Renaud Dillies repart dans un autre univers, différent, mais toujours bien à lui. Sur fond de blues, toujours, il leste son conte absurde d’humour noir et de dialogues enlevés. il soigne particulièrement ici le graphisme, avec une esthétique et une composition très originale, inspirées des enluminures mexicaines. Et, comme en conclut Pôlka : “tout est bien qui finit bien, puisque plus personne n’est las”. Un album magique, une fois encore.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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