Le commissaire San-Antonio en chasse à Lyon

    San-Antonio chez les gones, Michaël Sanlaville (scénario et dessin), d’après l’univers créé par Frédéric Dard. Éditions Casterman, 96 pages, 16 euros.

    Grangognant-au-Mont-d’Or, ravissante bourgade de 400 âmes située à une trentaine de kilomètres de Lyon. Infatigable séducteur, le commissaire San-Antonio et son adjoint, le bourru (voire bourrin) inspecteur Bérurier, jouent aux instituteurs. Sous couverture, ils enquêtent sur la mystérieuse disparition de deux écoliers et le meurtre de leur maître d’école. Une affaire sensible, pas facile à démêler pour les deux compères qui vont aller de rencontre en rencontre et de surprise en surprise. Ce qui n’est pas pour lui déplaire, San-Antonio se retrouve bien vite plongé dans l’univers libertin de Madame Soubise qui a plutôt tout d’une Dame Claude… Cette mère maquerelle qui semble liée d’une façon ou d’une autre à la disparition des écoliers est accompagnée d’une ribambelle de personnages aussi déroutant les uns que les autres.

    Un banc de requins en réalité. Pris pour cible, le commissaire l’apprend à ses dépens, lui qui a toujours un train de retard sur les tueurs et ravisseurs. En plus de protéger ses miches, il devra se creuser les méninges pour retrouver les deux petits « gones »…

    Romans policiers, films, spectacles de théâtre, etc. Servi à toutes les sauces depuis des décennies, le célèbre commissaire San-Antonio est de retour, cette fois aux éditions Casterman, sous le crayon du talentueux Michaël Sanlaville.

    Auteur de l’excellent Lastman (également chez Casterman, avec Bastien Vivès et Balak), Sanlaville a pris du plaisir en imaginant ce nouvel San-Antonio dans la campagne lyonnaise de son enfance. Biberonné à la bande-dessinée franco-belge, passionné de mangas et de cinéma d’action hollywoodien, l’auteur est aussi un fan de la première heure de San-Antonio, lui qui avoue avoir souvent eu un exemplaire dans son sac-à-dos.
    Resté fidèle aux personnages récurrents imaginés par Frédéric Dard (on pense à l’inspecteur Bérurier jamais très loin d’une bonne bouteille de Beaujolais), il s’est aussi laissé aller pour notre plus grand plaisir.

    Ainsi, impossible de ne pas sourire en voyant apparaître un antipathique et arrogant inspecteur d’académie ressemblant à s’y méprendre à Eric Zemmour et finalement contraint de détaler devant la fureur légendaire de Bérurier. Assez jouissif, il faut bien l’avouer. Comme cette scène où notre bellâtre aux faux-airs d’Alain Delon fait connaissance avec ce propriétaire d’un bar de nuit, accro au sexe, sous les traits de Dominique Strauss-Khan. Ou encore ce moment où un pharmacien, librement inspiré de Gérard Depardieu, propose à San-Antonio un petit coup de Juliénas pour faire passer ses cachets d’aspirine ! Des clins d’œil qui fonctionnent bien dans cet album qui joue pleinement la carte du divertissement et de l’humour franchouillard. On se croirait, par moments, dans les Tontons flingueurs ou dans Nestor Burma de Tardi.

    Parfois un peu longs, les dialogues sont, malgré tout, savoureux avec, encore et toujours, une logorrhée argotique qui a fait la marque de fabrique de San-Antonio. A commencer par le titre, « gones » voulant dire mômes dans l’argot lyonnais. « Béru » en parle sans doute le mieux quand il n’est pas « torché » bien entendu (à Amiens on a aussi notre argot).

    C’est peut-être côté dessins qu’il faut aller chercher la nouveauté. S’il a beaucoup calmé sa frénésie « manga » pour revenir à un dessin plus posé que dans Lastman par exemple où les scènes de sexe et de violences vous sautent à la figure, l’auteur a opté pour un rythme et un découpage soutenus. Les scènes d’action sont omniprésentes, servies par un coup de crayon dynamique.

    Pour ma part, j’ai aimé la façon dont Salanville a croqué les figures féminins, dont les pin-ups, qui ont des airs de personnages de manga ou de japanimation. Quant aux couleurs vives utilisées, elles rendent cet album rose bonbon agréable à feuilleter.

       

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