Savoureuses rencontres avec Yves Camdeborde

    Frères de terroirs_couvFrères de terroirs, carnet de croqueurs, Jacques Ferrandez, Yves Camdeborde. Editions Rue de Sèvres, 120 pages, 22 euros.

    C’est au journaliste et écrivain Sébastien Lapaque, du Figaro littéraire, que l’on doit ce livre, lui qui a présenté le dessinateur Jacques Ferrandez au restaurateur Yves Camdeborde. Deux hommes faits pour se rencontrer. Le premier avoue une passion pour les “produits rares, la cuisine de caractère, les vins goûteux et naturels partagés avec les copains“.

    Le chef, lui, avait envie de faire mieux comprendre son métier de cuisinier à travers une bande dessinée. Son métier, mais surtout ceux grâce à qui il peut le faire: ses petits producteurs attitrés. Ainsi, la présentation de Camdeborde est rapide: deux planches pour rappeler que le Béarnais est monté à Paris où, après être passé par le Ritz et le Crillon, il a participé au lancement de la mode de la “bistronomie” et s’occupe aujourd’hui du Comptoir-Odéon.

    Le voyage à la rencontre de ses “frères de terroirs” commence par Gramenon et sa truffe, au coeur de la Drôme provençale (avant cela, une première étape grenobloise avait permis de découvrir un petit producteur viticole de “Côtes du Grésivaudan”, dans les contreforts du massif de la Chartreuse – surtout connue pour la liqueur des moines  mais qui était pourtant, apprend-on, la plus grande région viticole alpine en 1900 !). Puis suivent d’autres plongées, dans le vignoble de Côte-Rôtie, dans la vallée du Rhône ; chez un crémier de Saint-Malo ; avec les pêcheurs à pied de l’île de Chausey cherchant le homard ; dans la famille de Marcel Lapierre pour un rendez-vous rituel et amical dans le Beaujolais ; chez le boucher Desnoyer à Paris ; un coutelier à Thiers, la criée à Saint-Jean-de-Luz; un chevrier des Pyrénées, un maraîcher bio près de Cannes, etc.
    Deux étapes, plus personnelles, viennent s’ajouter à la virée de Camdeborde. Dans sa “cuisine du comptoir” et, plus étonnant, à la prison d’Angoulême, où le cuisinier vient faire une intervention avec les détenus, à l’initiative du délégué général à la gastronomie de la ville…

    Les bandes dessinées autour de la gastronomie et la cuisine se sont multipliées ces temps-ci. Filon sans doute ouvert par le succès surprise des Ignorants d’Etienne Davodeau, plongée pédagogique et émerveillée dans le monde du vin et celui de la bande dessinée, auquel ces Frères de terroirs, autre livre de rencontres, fait forcément songer.
    Ici, en revanche, les échanges ont moins de profondeur et se font en sens unique, dans la découverte de ces paysans, “artisans” riches de leur savoir-faire,  Et les rencontres sont parfois plus courtes, sur deux planches (même si certaines, à l’inverse, sont développées sur une dizaine de pages). Camdeborde sert de “passeur” et de pivot du livre.

    Cette grande vadrouille dans la France rurale (appelée à se poursuivre dans un deuxième tome à paraître) se fait surtout en groupe, entre copains, en pays de connaissances. Et cette dimension collective, cette fraternité chaleureuse transparaît bien dans le dessin de Ferrandez, illustration de l’affirmation de Camdeborde (“l’humain est plus important que tout”). Comme chez Davodeau, on s’enrichit avec les explications fournies par les différents interlocuteurs, qui racontent si bien leur métier, leurs méthodes, l’histoire de leur terre… Le tout ponctué de bon gueuletons qui mettent l’eau à la bouche, tout comme les recettes données en fin de chapitre !

    A quelques jours des fêtes de fin d’année et de leur cortège de victuailles (pas toujours de qualité, hélas), cette lecture s’impose… Comme l’album peut faire un joli cadeau de Noël.

    1_multipart_xF8FF_2_FullSizeRenderA noter que si l’on vénère ici la ruralité, celle-ci ne rime nullement avec passéisme ou nostalgie à la sauce Zemmour. Ainsi, une application pour smartphone et un site de réalité augmentée permettent de prolonger le plaisir de lecture – et d’approfondir ses connaissances – avec des portaits vidéo, des bonus dessinés et un outil de géolocalisation des producteurs évoqués. On peut aussi y accéder via le flashcode ci-contre.

    Frères de terroirs_planche

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    La jungle en folie

    Alice au pays des singes, Tebo, Nicolas Kéramidas, éditions Glénat, 56 pages, 13,90 euros. ...

    Le plein d’idées noires

    Réalités obliques, tome 2 : mondes obliques, Clarke. Edition du Lombard, 160 pages, 16,45 ...

    Stéphane Fert : « Morgane, c’est un conte shakespearien sur le Graal »

    Morgane, de Stéphane Fert et Simon Kansara fait partie des premiers albums remarquables de ...

    Ombres et lumière sur la banlieue lyonnaise

    Jeu d’ombres, tome 1: Gazi, Loulou Dedola (scénario), Merwan (dessin). Editions Glénat, 64 pages, ...

    Johnny Red réussit son décollage

    Johnny Red, tome 1: l’envol du faucon, Tom Tully (scénario), Joe Colquhoun (dessin), éditions ...

    Autant en rapporte le temps

    Time is money, l’intégrale, Fred (scénario), Alexis (dessin). Editions Dargaud, 208 pages, 29 euros. ...