Stupor Mundi, album lumineux sur une camera obscura

    Ce document a été créé et certifié chez IGS-CP, Charente (16)
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    Stupor mundi, Néjib. Editions Gallimard, 288 pages, 26 euros.

    C’est du pouvoir des images que parle – notamment – Stupor Mundi. Sujet ô combien d’actualité donc. Même si son récit se déroule au… XIIIe siècle.

    Un savant oriental, Hannibal Qassim El Battouti a été violemment chassé de Bagdad, par le dogmatisme religieux en vigueur et quelques querelles de palais. Il a trouvé refuge sur les terres de Frédéric II, le petit-fils du légendaire Frédéric Barberousse, empereur éclairé.
    Hannibal, sa fille Houdé (hypermnésique m

    ais que les violences à Bagdad ont rendu incapable de marcher) et son esclave, El Ghoul (un guerrier farouche) arrivent au Castel del Monte, en Italie. Cette forteresse singulière, similaire à une Villa Médicis implantée dans les Pouilles, est dédié aux “esprits les plus éminents du temps” et accueille une communauté de savants, oeuvrant pour la plus grande gloire de Frédéric II, alias “Stupor Mundi”, la stupeur du monde.

    Là, Hannibal pense trouver le soutien et l’environnement nécessaire pour achever son oeuvre: Beït-el-Dhaw, qui prend la forme d’une étrange construction et qui pourrait bouleverser le rapport des hommes avec leur perception de leur environnement. Mais, à Castel del Monte aussi, il devra affronter l’étroitesse d’esprit de certains. Et Stupor Mundi a aussi une idée très politique et stratégique d’utilisation de l’invention à venir du savant arabo-musulman…

    Entre roman philosophique et ambiance dans le style du nom de la rose d’Umberto Eco, Stupor Mundi propose une belle réflexion sur les rapports entre la science et le pouvoir, le pouvoir des images et celui des dogmes religieux. De la camera obscura à l’obscurantisme, en quelque sorte.
    Mais difficile d’aller plus loin sans “spoiler” les révélations qui sont au coeur de l’intrigue.

    Mêlant habilement l’arrière-fond historique, les rebondissements romanesques en Italie et des flash back sur les raisons du départ de la famille de Bagdad, à travers une “psychanalyse” d’Houdé, le récit maintient aussi le suspense sur la nature de l’invention d’Hannibal. Puis sur la manière dont l’empereur Frédéric II pense l’utiliser… pour créer le Saint Suaire du Christ et ainsi s’imposer face à la papauté. Cette explication rationnelle du fameux tissu de Turin est l’un des axes du livre. Mais il n’est pas le seul. Tout comme l’acharnement égoïste d’Hannibal à faire exister son invention se double d’une émouvante quête amoureuse, en souvenir de sa défunte femme. S’il est dense, ce roman graphique est également aussi fluide que le dessin de Néjib, jouant avec les noirs et une palette limitée mais signifiante de couleurs.

    Pour un deuxième album (après Haddon Hall – Quand David inventa Bowie), celui qui est par ailleurs directeur artistique chez Casterman signe là sans doute une des oeuvres fortes de l’année. Et cet album porte un joli regard sur les origines de l’optique moderne.

    Stupor mundi_planche

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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