Top chef à l’ère Sengoku

    Le chef de Nobunaga, 3 tomes parus. Mitsuru Nishimura (scénario), Takuro Kajikawa (dessin). Editions Komikku, 192 pages, 8,50 euros.

    Après les allers-retours entre l’antiquité romaine et le Japon contemporain (dans Thermae Romae), voici un autre voyage temporel tout aussi surprenant (et bien maîtrisé) et un vrai choc des genres.Après l’architecte romain surgissant dans le Tokyo du XXIe siècle, c’est un jeune cuisinier de notre époque, Ken, qui se retrouve, tout aussi incompréhensiblement, projeté dans le Japon du XVIe siècle avec un compagnon, très rapidement tué.

    En cette période Sengoku, “l’ère des pays en guerre”, il n’a plus qu’un but: survivre. Partiellement amnésique, il est d’abord recueilli par une jeune femme forgeron, puis vite repéré par le seigneur Nobunaga, l’homme fort de l’époque, qui en fait son cuisinier attitré, séduit par les plats délicieux et inédits que Ken sait préparer. Partant en guerre (dans le tome 2), Nobunaga emmène son cuisinier favori avec lui. Confronté à la violence sanglante de la guerre, celui-ci devra développer alors d’autres qualités pour séduire les samouraïs. D’autant que Nobunaga entend faire de la cuisine une vraie arme stratégique et diplomatique. Dans ce volume 3, qui vient de paraître, en ce mois de juin 2014, Ken, de plus en plus précieux pour son seigneur et maître, va être confronté à une trahison au sein même du clan Nobunaga et va prendre un rôle plus actif dans l’histoire. Et s’interroger aussi sur sa capacité à modifier l’Histoire…

    Ken, un chef… de guerre. (© 2011 Mitsuru Nishimura / Takuro Kajikawa / Houbunsha)

    Plongeant sans explication aucune ni mise en situation son héros à l’époque médiévale, ce seinen (manga destiné aux adolescents et adultes masculins) a de quoi dérouter au départ. Et le raccourci scénaristique rendant le héros incapable de se souvenir de sa vie passée, mais conservant tous ses réflexes culinaires, peut apparaître comme une facilité scénaristique un peu grossière. Mais, bien vite, la sauce prend entre récit historique, aventures guerrières et… cours culinaire. A la manière des Gouttes de Dieu, initiant à la culture du vin, c’est ici la cuisine comme art de faire la guerre autrement, en quelque sorte. Ou comme art de dégustation massive.

    Si la recette fonctionne aussi bien – et le troisième volume accentue la consistance du personnage du jeune cuisinier – c’est que les différents ingrédients sont soigneusement dosés. Si le désir de conquête territoriale de Nobunaga sert de trame principale au récit, celui-ci décrit finement un Japon qui commence à s’ouvrir aux influences extérieurs, de la Chine des Ming aux “barbares du sud” (les premiers Européens, missionnaires portugais). Et sur l’autre plan, à la confection des différents plats qui ponctuent régulièrement le récit s’ajoutent une dimension plus culturelle et sensible de l’art culinaire. Et si ces “cours de cuisine traditionnelle” arrivent avec un peu trop de régularité, au moins ne gênent-ils en rien l’avancement du récit.

    Graphiquement, le style de Kajikawa fait aussi dans le contraste, soignant finement la description des plats, magnifiquement dessinés et laissant, à côté de cela, à certains visages secondaires des traits outranciers et caricaturaux. Un changement de style, au sein des mêmes planches qui surprend toujours les néophytes en mangas.

    La série est prévue en 9 tomes. Pour l’heure, elle se consomme sans indigestion.

    © 2011 Mitsuru Nishimura / Takuro Kajikawa / Houbunsha
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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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    • Yaneck

      Lecture ambigüe… A voir, ça pourrait fonctionner pour moi. Mais un petit doute persiste.

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