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    Un autre beau regard sur Helen Keller

    Annie Sullivan et Helen Keller, Joseph Lambert, co-édition Çà et Là / Cambourakis, 96 pages, 22 euros.

    Personnalité très connue aux Etats-Unis, Helen Keller l’est nettement moins de ce côté de l’Atlantique, malgré un film d’Arthur Penn, voire, plus underground, un épisode hilarant de South Park

    Dans l’histoire de cette figure emblématique – enfant sourde et aveugle devenue écrivaine, féministe et socialiste – l’auteur américain Joseph Lambert se concentre ici sur les années clé, d’enfance, où Helen Keller va s’ouvrir au monde et se révéler à elle-même grâce à sa nouvelle gouvernante, Annie Sullivan. Elle-même malvoyante à l’enfance difficile, cette dernière a appris le langage des signes à l’institut Perkins, à Boston, avant d’en faire profiter sa nouvelle élève. Non sans difficultés…

    Comme le titre l’indique clairement, c’est moins une biographie édifiante d’Helen Keller que propose Joseph Lambert que l’évocation de la rencontre – heurtée d’abord – entre les deux femmes, puis la naissance de l’amitié entre elles. Une amitié qui perdurera tout au long de leur vie et qui se double d’une belle leçon d’apprentissage.
    En parallèle, des retours en arrière réguliers, renvoient à la propre évolution d’Annie Sullivan, à sa dure enfance, dans un hospice sordide, puis à l’institut Perkins, ou elle affirme un assez fichu caractère, qu’elle cultivera toute sa vie.

    Le style graphique, assez emblématique d’une certaine BD indépendante US, s’avère assez plat au prime abord – et guère séduisant – avec son “gauffrier” très classique et très géométrique en 16 cases, son dessin simple, voire approximatif. Mais la vraie force de cet album réside dans la manière – assez unique – dont Lambert parvient à restituer la perception des sourds et aveugles. A ce titre, les trois premières planches sont magistrales, avec l’esquisse du personnage d’Helen se débattant dans le noir, confronté à des sollicitations extérieures (les bras d’Annie Sullivan) qu’elle ne comprend pas. Et la concrétisation de ce monde intérieur, de cette façon-là n’aurait pas pu être réalisée par un autre médium que la bande dessinée. Plus tard, plus classiquement – mais tout aussi efficacement – ce seront des pictogrammes en langue des signes qui s’afficheront ainsi dans le noir. Et le corps d’Helen, flou au départ deviendra de plus en plus précis au fur et à mesure qu’elle prendra conscience d’elle-même et de l’univers dans lequel elle vit.

    Un vrai récit initiatique ; et même doublement initiatique :  dans ce qu’il raconte – de la naissance et de l’éveil d’un esprit à la vie en société –  et dans ce qu’il montre à ses lecteurs, afin de leur faire percevoir les sensations d’une jeune sourde et aveugle.

    Eisner Award 2013 (catégorie livre basé sur une histoire vraie), Annie Sullivan et Anne Keller est dans la sélection officielle d’Angoulême 2014 et dans celle du Prix de la BD Fnac 2014. Et il fut aussi parmi les cinq meilleurs albums du grand prix de l’ACBD.

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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