Un garçon à moitié bête et une adaptation pas bête du tout

    Le garçon et la bête, tomes 1 à 3, Mamoru Hosada (scénario), Renji Asai (dessin). Éditions Kazé, 192 pages, 8,29 euros.

    Gros succès cinématographique dès sa sortie au Japon en 2015, Le garçon et la bête de Mamoru Hosada revient sur le devant de la scène, cette fois couchée sur papier noir et blanc chez Kazé. Une adaptation en quatre volumes de qualité signée Renji Asai, dont les trois premiers tomes sont déjà parus.

    On suit Ren, jeune tokyoïte de 9 ans, totalement perdu après la mort de sa mère. Refusant de vive avec sa famille éloignée, il s’enfuit jusqu’à errer, seul en pleine nuit, à Shibuya, l’un des quartiers les plus actifs de la capitale nipponne, connu pour abriter le plus grand carrefour du monde. Au coin d’une rue, il est interpellé par un drôle de personnage vêtu d’une cape. Le visage de cet inconnu est dissimulé sous une capuche mais à première vue, il ne s’agit pas d’un des nombreux “salarymen” en quête de distraction, ni d’un ces satanés rabatteurs de bars qui écument la zone. Recouvert de poils de la tête aux pieds et présentant d’impressionnantes dents aiguisées, ce personnage mystérieux, mi-homme mi-ours, arrive d’un univers parallèle, le royaume des bêtes dit Jûtengai. Dénommé Kumatetsu, il finit par prendre Ren sous son aile qui devient Kyūta. Une nouvelle vie débute pour l’apprenti dans les contrées de Jûtengai qui doit se trouver un nouveau maître…

    S’il est courant de voir les mangas adaptés en films d’animation ou en animés (séries TV ou DVD), l’inverse n’est pas toujours vrai et le résultat pas souvent au rendez-vous.
    Prépubliée dans le magazine nippon Monthly Shōnen Ace, dans un premier temps puis édité par Kadokawa Shoten, la fable initiatique de Mamoru Hosoda a atterri chez Kazé qui a flairé le bon coup. Il faut dire qu’Hosada est une valeur sûre, après le carton de son précédent – et très bon – film Les enfants loups, Ame et Yuki également adapté en bande dessinée, tout comme les deux longs métrages d’animation qu’il avait réalisé auparavant, La Traversée du temps et Summer Wars.

    Comme dans le film, le manga explore une multitude de thèmes. Le sentiment d’abandon et la solitude tout d’abord, qui transparaissent dès les premières pages. Ils ne laissent pas insensibles à l’image du rugueux Kumatetsu qui, malgré une humeur d’ours mal léché, se prend d’affection pour ce petit bout d’humain. En les observant, on pense, dans un registre un peu moins dramatique et musical, à Mowgli et Baloo du Livre de la jungle.
    La suite du manga évoque le difficile passage de l’enfance à l’âge adulte avec un Ren/ Kyūta qui ne parvient pas à trouver sa place dans le monde des humains qu’il retrouve, en dépit de sa rencontre avec la douce Kaede et le retour quasi miraculeux de son père biologique. Tiraillé entre deux mondes, l’adolescent se pose énormément de questions. Trouver sa place, savoir qui il est et surtout comment continuer à vivre avec un trou béant dans la poitrine, symbole d’une enfance chaotique et mélancolique. Se Venger ou pardonner aussi ?
    Ces questions, quasi philosophique, sont traitées avec beaucoup de poésie par Mamoru Hosoda. Les dessins de Renji Asai aident beaucoup. Ceux qui ont adoré le film ne devraient pas être déçus par le travail du mangaka. Les illustrations sont soignées, les expressions et les émotions plutôt bien retranscrites. Les scènes d’actions et de combats, bien rythmées et assez courtes dans la durée, ne déçoivent pas non plus. Une adaptation pas bête du tout donc.

    Par Bakhti Zouad

    [youtube]http://youtu.be/2kN_aqjoq0w[/youtube]

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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