Un Mickey (et un Loisel) fort de café

    Mickey Mouse : Café zombo, Régis Loisel. Editions Glénat, 80 pages, 19 euros.

    Après Tromdheim et Kéramidas, Cosey et Tébo, Régis Loisel livre aussi son hommage à Mickey en cette fin d’année, en forme de rêve personnel : en retrouvant l’ambiance du Mickey des années 30 dessiné par Floyd Gottfredson, l’un des grands dessinateurs des premières décennies de la souris de Walt Disney.

    Retour donc aux origines, en 1930, année de la grande dépression aux Etats-Unis. Mickey et son ami Horace, le cheval, font la queue au bureau d’embauche, mais ils sont systématiquement rejetés. Pour se changer les idées, ils partent camper chez leur ami Donald avec Minnie et Clarabelle. A leur retour, ils trouvent une ville fantôme : femmes et enfants ont été envoyés en camp de vacances par le « généreux » Rock Füller, un banquier véreux qui a racheté toutes les maisons du quartier, pour les raser afin de construire un terrain de golf. Et les hommes sont comme « zombifiés » et travaillent comme des esclaves sur le chantier de Füller, dirigés par l’emblématique méchant Pat Hibulaire. Mickey et ses amis vont tenter de mettre fin à cette horreur…

    Régis Loisel, comme il l’explique dans le dossier de presse a été « nourri » par l’univers de Disney. Et c’est en « fan absolu du vieux Mickey des années 1930 » qu’il a réalisé cet album atypique dans son œuvre. Pour son premier album en auteur complet depuis Peter Pan, il a fait le choix d’un récit faussement léger. Si l’histoire soi est simpliste à souhait et retrouve ses gimmicks habituels, comme la présence de l’ennemi Pat Hibulaire, elle aborde quand même en sous-texte les thèmes de la crise, du chômage de masse, de l’exploitation capitaliste et même de l’aliénation consumériste. De quoi donner un coup de jeune au Mickey des origines !

    Loisel associe aussi ici son sens du détail, la finesse de son encrage, une mise en couleur somptueuse à une ambiance rétro (pas si éloignée de celle de Magasin général) dans un récit très rythmé et cartoonesque (le « générique » de présentation des personnages à la fin vient enfoncer clou-là). Ce mélange (d)étonnant se permet ainsi de déployer notamment une bagarre homérique sur six pages et plus largement des cases toujours en mouvement. Cette dimension-là étant accentuée par le choix d’une construction en “comic strips” fidèle aux bandes dessinées de l’époque. Un style graphique qui est du Loisel sans en être et un beau livre que son format à l’italienne rend encore un peu plus singulier.
    Vintage sans être kitsch, émouvant sans être caricatural. Un bel hommage en somme.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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