Un océan d’humour et de tendresse

    Océan-amour_couvUn océan d’amour, Grégory Panaccione (dessin), Wilfrid Lupano (scénario). Editions Delcourt, 224 pages, 24,95 euros.

    Un livre muet, ça peut nous parler de belle manière ! Démonstration avec l’album atypique de Panaccione et Lupano “garanti sans dauphins, sans textes ni onomatopées“.

    Très tôt, à l’aube, un pêcheur breton – aussi chétif et maigre que sa femme est imposante et ronde – débute son existence rituelle. Réveil difficile, départ du port sur son petit bateau alors que la ville dort encore, tentatives de plus en plus difficiles de trouver du poisson (sans oublier la sempiternelle boîte de sardines que sa Bigoudène d’épouse lui a mis dans son sac). Mais, cette fois, rien ne se passera comme prévu. Happé par les filets d’un gigantesque navire prédateur de la faune marine, le bateau et le mari ne rentreront pas au port le soir… et commenceront une traversée atlantique aussi mouvementée qu’improbable.

    Pendant ce temps, n’acceptant pas l’idée d’une telle disparition, madame va rameuter ciel et terre, voyante et capitainerie pour tenter de retrouver son mari. Avant de s’embarquer, elle aussi, dans un voyage rocambolesque…

    Grégory Panaccionne est un habitué des ouvrages muets. Au printemps, il avait ainsi déjà relaté un match de tennis, en près de 300 pages, à l’échange près et sans aucun dialogues. Mais si l’exploit pouvait être salué, et si le résultat se montrait drôle, il relevait plutôt du formalisme de l’exercice de style – ou de bravoure… Et s’avérait quand même un brin lassant (sauf peut être pour les passionnés de tennis).

    Océan-amour_illustraRien de tel cette fois ! Car Un océan d’amour amuse et émeut par son humour tendre et embarque le lecteur par le souffle de cette aventure autant maritime qu’émotionnelle.

    Si au départ l’absence de bulles ou de tout autre texte, mêlé au graphisme un peu “cartoon” et à la mise en couleurs très soignée, fait songer à un la vision d’un film d’animation dont on aurait coupé le son, l’expressivité du trait et la fluidité de l’histoire rendent bien vite toute narration écrite superflue, voire même incongrue.

    On se laisse emmener avec délice dans cette odysée rendue burlesque par le style des personnages à la Laurel  (mâtiné de Woody Allen) et Hardy, les mini-gags autour des boîtes de sardine, des crêpes bretonnes ou du prosélytisme du napperon chez les people, sans oublier le clin d’oeil final et bien d’autres. Drôle, impressionnant aussi par ses doubles pages d’océan déchaîné, l’album a également une dimension plus actuelle et dramatique, quand il aborde frontalement les problèmes de pollution des océans et de surpêche.

    Wilfrid Lupano démontre en tout cas, une fois encore, sa capacité à parler de tout, et distille son humour plein d’humanisme. Mêlé, cette fois, à une colère retenue. Il souligne en effet avoir eu l’idée du livre en ayant navigué, voilà une dizaine d’années, dans un lac du Chiapas, au Mexique… recouvert de déchets en plastique. Un choc qu’il restitue fort bien, une dizaine d’années plus tard et grâce à Grégory Panaccione dans cet Océan d’amour. Un amour de l’océan et aussi un amour de petit bouquin !

    Incontestablement une réussite éditoriale de cette année, jusqu’au soin apporté à la quatrième de couverture, qui mérite, pour une fois, le détour.

    Océan-amour_planche

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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