Une échappée pas si belle

    L'échappée_couvL’échappée, Gregory Mardon. Editions Futuropolis, 224 pages, 27 euros.

    La crise de la quarantaine peut être gratinée. Ici, un quadra rangé, apparemment architecte, marié, avec deux enfants, mène sa petite vie tranquille de membre de la classe moyenne-supérieure dans  une grande ville occidentale. Métro-boulot-dodo et la pression qui va avec. La perte fortuite de sa carte de crédit, tombée dans une grille d’égout, va lui servir de déclic. Il s’arrête, aperçoit la mer, monte sur un paquebot. Début d’une croisière vite avortée par un naufrage qui le laisse, solitaire, sur une plage. Avant qu’il ne découvre une étrange communauté qui semble vivre en parfaite harmonie. Mais, là aussi, tout n’est pas si simple…On commence à le savoir, des albums sans bulles ni paroles peuvent en dire beaucoup. Et être profonds. Les éditions de la Gouttière le démontrent depuis plusieurs albums, d’Anuki à Myrmidon dans le registre des plus jeunes. Et en fin d’année, Wilfrid Lupano et Gregory Panacionne l’ont brillamment réussi aussi, dans un style plus grand public avec Un océan d’amour.

    Grégory Mardon aborde ici la bande dessinée muette dans un autre style, plus intrigant et obscur, au prime abord, effet renforcé au départ par un gaufrier très géométrique et un dessin en noir et blanc profond et large. Le bombardement d’images des premières planches prend néanmoins progressivement du sens, illustration de l’état d’esprit du héros (qui restera donc anonyme). Et ce qui semblait s’orienter vers un pamphlet anti-consumériste, puis vers une transcription de l’envie irrésistible de liberté et de changement du quadragénaire-quinquagénaire vire vers l’aventure utopique. Plus clair, le message n’en reste pas moins en partie simpliste. Et à la fin du voyage, s’il est possible de se réjouir pour le héros (toujours aussi anonyme), revenu à un état de nature sauvage et sensuel, l’issue laisse un peu de marbre. Ce qui est, certes, une autre façon d’être muet.

    L'echappée_planche

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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