Une oeuvre magistrale en piste !

    L’écureuil du Vel’d’hiv, Christian Lax, éditions Futuropolis, 80 pages, 16,25 euros.

    Après L’aigle sans orteil (un one shot) puis Pain d’alouettes (deux tomes), avec respectivement en toile de fond le Tour de France des années 10 et le Paris-Roubaix des années 20, Christian Lacroix, 63 ans, alias Lax, remonte en selle et nous conduit au Vel’d’hiv pour le cyclisme sur piste. Où l’agilité, la vélocité et la promptitude de Sam Ancelin, dit l’écureuil, font merveilles. L’occasion de se familiariser avec les courses de “six jours” qui furent un véritable phénomène de société, véhiculant avant l’heure les deux cauchemars du sport de haut niveau d’aujourd’hui : les paris truqués et le dopage.

    Mais en ce début des années 40, il y a bien pire. Le joyeux et coloré vélodrome d’hiver de Paris va régulièrement devenir le théâtre triste et sombre des affres de la guerre. Jusqu’à la dramatiquement célèbre rafle du Vel’d’hiv, la nuit du 16 au 17 juillet 1942. Ce paroxysme de l’horreur, où la Police française se couvre d’une honte impardonnable, vient naturellement obscurcir les pages de cet album d’une force exceptionnelle, où l’angoisse quotidienne de la période est latente. Ainsi, Lax nous offre là une œuvre magistrale, à mettre entre toutes les mains.

    On comprendra alors un peu mieux les tourments de l’époque et on jugera un peu moins hâtivement certaines attitudes équivoques dénoncées par l’Histoire. Le cas de Serge Ancelin, père de Sam, médecin surtout pas héros, mais pas franchement collabo, laisse en effet perplexe. Puisqu’au final, il placera au-dessus de tout l’amour de ses deux enfants, dont son second fils, Eddie, infirme qu’il a longtemps méprisé, devenu brillant journaliste résistant. Un journaliste qui signe ses écrits, honnis par l’envahisseur, «L’écureuil»… En hommage à son frère chéri.

    Dans ce contexte, si Sam, que tout ramène au Vel d’Hiv -et qui ramène tout au Vel’ d’hiv !- est le personnage central du récit, en est-il pour autant le personnage principal ? Pas nécessairement, tant Lax fait jouer à chacun de ses acteurs un rôle majeur. Le casting est réussi. Et si le « film » (tous les ingrédients pour en produire un très bon sont réunis) n’amène aucune véritable surprise, il nous embarque dans un tourbillon d’émotions et d’actions de la première à la dernière image.

     

     

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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