Une soeur : toute première fois

    Une soeur, Bastien Vivès. Editions Casterman, 212 pages, 20 euros.

    Six ans après Polina qui retraçait le parcours difficile d’une jeune fille pour devenir danseuse étoile, Bastien Vivès revient avec Une sœur, un roman graphique au titre ambigu.

    Si à première vue le lecteur pense se plonger dans une simple histoire de fratrie, il n’en est rien ou presque ! Il s’agit ici surtout des premiers émois d’un jeune adolescent découvrant la sexualité avec une fille plus âgée que lui.
    Ce jeune adolescent c’est Antoine, le narrateur qui tous les ans va passer l’été avec son frère et ses parents dans la maison familiale de l’île aux Moines en Bretagne.
    Les journées estivales s’écoulent paisiblement entre la plage, la pêche aux crabes et le dessin. Des journées au programme répétitif mais tout aussi rassurant.
    Cette douce tranquillité prend fin quand Sylvie une amie des parents, venue se reposer après avoir subi une fausse couche, arrive accompagnée de sa fille, Hélène âgée de 16 ans, au corps de jeune femme déjà bien affirmé.

    Avec elle, pouvant passer pour sa grande sœur, comme le font remarquer certains de leurs amis, Antoine va connaître ses premières fois : l’amour, l’alcool et la cigarette…

    Cependant derrière cette insouciance se cache bien des souffrances, notamment celles d’Hélène, fille unique et un peu paumée qui lâche : « Y a beau avoir plein de monde, j’ai toujours l’impression d’être toute seule ». Mais c’est dans la propre psychologie de l’auteur que nous comprendrons tout le sens de ce titre sulfureux flirtant avec le sujet tabou de l’inceste.
    Comme l’a confié en interview Bastien Vivès, lors de la sortie du livre : « Ce livre, c’est un gigantesque fantasme. Quand j’ai écrit Une Soeur, ce qui m’a motivé a été de me dire “Si j’avais une grande sœur, j’aurais trop aimé qu’il se passe ça”. Et on te dit “C’est glauque”. Oui mais c’est du fantasme. Et si j’avais vraiment eu une sœur, je ne l’aurais certainement pas fait. »

    Une fois de plus, Bastien Vivès déploie ses talents graphiques – avec un dessin épuré et esthétique qui accentue la sensualité des personnages – et narratifs en réussissant à maintenir une tension érotique et dramatique tout au long de l’album. Il fait preuve d’une grande finesse à l’heure d’aborder des thèmes maintes fois traités tels que l’adolescence, la naissance du désir, la découverte des corps, la famille avec ses petits bonheurs mais aussi ses drames. Les lecteurs sont tenus en haleine jusqu’à la fin, laissant l’amertume d’une histoire sans lendemain comme un amour de vacances.

    Enfin, nombreux sont celles et ceux qui se reconnaîtront – peut-être avec une certaine nostalgie – à la lecture de ce roman graphique. En attendant peut-être une adaptation cinématographique tout comme ce fut le cas pour Polina par le chorégraphe Angelin Preljocaj.

    Par Ludovic Lascombe

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Le Méta-Baron se perpétue quand même

    Méta-baron, tome 6: Sans-nom, le techno-baron, Jerry Frissen (scénario), Valentin Sécher (dessin). Editions Humanoïdes ...

    Macron à cran

    Macronarchie, en marche forcée, Renaud Dély (scénario), Thibaut Soulcié (dessin). Editions Glénat, 64 pages, ...

    En quête d’identité numérique

    MediaEntity, tome 1, Emilie (dessin), Simon (scénario), éditions Delcourt, 64 pages, 13,95 euros. Le ...

    Dieu le pire pour l’Infinity 8

    Infinity 8, tome 3: l’évangile selon Emma, Lewis Trondheim, Fabien Vehlmann (scénario), Olivier Balez ...

    Chroniques guerrières des apaches

    Géronimo de Matz et Jef, edition Rue de Sèvres, 120 pages 18 euros C’est ...

    La der des ders pour l’Ambulance 13 aussi

    L’ambulance 13, tome 9: Pourquoi ? Patrice Ordas (scénario), Alain Mounier (dessin). Editions Grand ...