Verdun, parce que je le Vaux bien

    Verdun, tome 2: L’agonie du fort de Vaux, Jean-Yves Le Naour (scénario), Marko et Holgado (dessin). Editions Grand Angle / Bamboo, 56 pages, 13,90 euros.

    Un “symbole de l’acharnement des combats menés à Verdun”. La résistance des soldats français dans le fort de Vaux assiégé par les Allemands, début juin 1916, restera comme l’un des moments forts, entrés dans l’Histoire, de cette bataille symbole de la Première Guerre mondiale.

    Le destin de Vaux commence à se jouer le 23 mai 1916. La situation s’est plus ou moins stabilisée depuis l’attaque allemande de février. Après la chute de celui de Douaumont, le fort de Vaux est un point-clé pour avancer sur Verdun. Déjà pilonnée par les bombardements, dans un décor devenu lunaire, la place-forte voit arriver son nouveau chef, le commandant Raynal. Blessé trois fois déjà, souffrant du paludisme, il s’est déclaré volontaire pour cet avant-poste. Il découvre un fort avec un sur-effectif d’hommes, venus se replier là des tranchées voisines et mal défendu. Il organise la défense en prévision de l’attaque allemande qui s’annonce. Celle-ci se déclenche le 1er juin. Encerclés, sans possibilité de renforts ou de ravitaillement, les 600 assiégés tiennent le choc des premiers assauts. Le 3 juin, une nouvelle attaque massive est repoussée. Mais les conditions de vie à l’intérieur de l’édifice sont dantesques. Calfeutrés dans leur casemate, dans la pénombre, l’atmosphère est asphyxiante, l’odeur insoutenable, es hommes n’ont plus d’eau, ils sont contraints de lécher les murs ou de boire leur urine, Les Français espèrent une contre-attaque alliée pour le 4 juin. Celle-ci échoue, faute de moyens suffisants. Tout comme une deuxième tentative le 6 juin.
    Le 7 juin 1916, Raynal décide la reddition du fort. Impressionnés par la résistance héroïque des “poilus”, les Allemands leur font une haie d’honneur et le commandant est même reçu par le Kronprinz.
    Les Français ont eu 93 victimes (dont 17 morts), les Allemands ont perdu près de 2800 hommes. Quant au fort, il sera repris début novembre 1916. Sans bataille, il a été abandonné par les Allemands…

    Après avoir évoqué le tout début de la bataille de Verdun, Jean-Yves Le Naour et ses deux dessinateurs s’attache donc à cet épisode mythique de la bataille. Procédant avec la même rigueur historique et une même approche dépassant la seule histoire militaire, l’album montre bien, en quelques cases d’échanges dans les Etat-majors français et allemand comment cette bataille pour ce fort de Vaux sera instrumentalisé par la propagande et son importance stratégique accentuée: pour accentuer l’héroïsme des soldats français d’un côté et pour valoriser la victoire allemande de l’autre.

    Le récit évoque aussi d’autres anecdotes effectivement héroïques, comme la mission confiée à un aspirant, Buffet, de s’infiltrer entre les lignes allemandes pour aller prévenir l’Etat-major (en absence de tout moyen de communication) et d’en revenir pour prévenir ses camarades ou encore l’épisode du fameux pigeon-voyageur “Vaillant”. Précis et sans glorification excessive, cet album parvient aussi à émouvoir. La retranscription du champs de bataille est assez saisissante, même si le dessin réaliste et efficace s’avère un peu trop “propre” pour restituer toute l’horreur vécue par ces poilus. Mais, une fois encore, comme pour la Marne, cette série parvient à donner une compréhension fine des enjeux de cette guerre.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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