Virée constructive dans les bois

    Ma vie dans les bois, tome 1 : écoconstruction, Shin Morimura (scénario et dessin). Editions Akata, 192 pages, 7,5 euros.
    Tristes citadins déracinés que nous sommes, incapables de différencier une véritable plante d’un rosier en plastique… On a tous rêvé, un jour, de retourner à la nature, à cette bonne vieille terre nourricière exploitée sans vergogne par nos sociétés consuméristes. Le mangaka Shin Morimura est, lui, courageusement et admirablement passé à l’acte, en 2005, en quittant sa maison cossue de la proche banlieue de Tokyo pour les versants boisés des montagnes de la région de Tohoku au nord-est du Japon. C’est son histoire, singulière et autobiographique, qu’il nous raconte dans Ma vie dans les bois. Ici, pas de monstres, pas de courses-poursuites effrénées (quoique) et encore moins de jolies pépées aux formes généreuses. Le manga s’apparente à un guide de survie pour les nuls. Ou plutôt à une passionnante aventure humaine et écologique qui, il faut bien l’admettre, force le respect.
    Nous sommes en 2005. Auteur de mangas depuis près de 30 ans, Shin’Nosuke Morimura approche la cinquantaine et coule une vie paisible et monotone auprès de sa femme (Miki) et de leur adorable femelle terre-neuve (Hime). Alors qu’il vient de terminer sa dernière série fleuve, son éditeur le somme de trouver une nouvelle idée de manga. Déprimé, le quadra sent qu’il est à un tournant de sa vie et décide tout bonnement de partir s’installer dans une montagne inexplorée pour y vivre en autarcie. Sans électricité, ni eau courante, comme jadis, les premiers hommes. Une envie folle que Miki a bien du mal à comprendre d’autant que ce mari « ne sait même pas planter un clou »… De la parole aux actes, il y a un fossé, voire un canyon à franchir pour Shin qui déchante rapidement. Une première fois quand il s’agit de trouver l’emplacement idéal de son futur paradis vert. Après un périple à travers tout le pays, il finit par dénicher un terrain prometteur, à flanc de montagne. Quatre hectares de forêt situés sur un site naturel classé. Le coup de foudre. Chênes, bambous, arbrisseaux, herbes folles…, il lui faudra des mois pour faucher, défricher et déboiser cette zone où il compte construire son nouveau foyer. L’homme moderne se transforme en homme des bois prêt à tous les sacrifices pour atteindre son objectif…
    Souvent drôle, parfois épique, ce premier tome intitulée “écoconstruction” est avant tout un hymne à la nature, au même titre que Moi, jardinier citadin du Sud-coréen Min-ho Choi ou Les pommes miracles de Tsutomo Fujikawa (également édités par Ataka). Une déclaration d’amour à notre planète et ses beautés naturelles que l’on ne voit plus qu’à travers des écrans.
    Shin Morimura livre un récit hors du commun, un témoignage empreint de sensibilité, de  détermination et de sacrifice, lui qui se sépare de ses précieuses motos de collection pour pouvoir vivre son rêve fou. Malgré d’immenses difficultés à dompter cette nature, le mangaka ne perd jamais espoir et chaque mètre de terrain défriché le rend un peu plus fort et plus sûr de lui. On s’identifie à cet homme qui ne sait pas faire grand-chose de ses mains, hormis – et c’est un talent que beaucoup aimerait avoir – dessiner. Un chemin de croix durant lequel on apprend énormément sur la survie en forêt (quelles plantes utiliser pour soigner les petits bobos, où dénicher les ignames, etc.) et les méthodes de construction (comment arracher une souche ou écorcer efficacement un rondin). Le tout en préservant l’écosystème évidemment. Comme pour mieux nous faire partager son aventure, Shin agrémente le manga de quelques photos de sa vie montagnarde, accompagnées de réflexions personnelles ou d’explications techniques. Un journal de bord très instructif qui nous fait mesurer l’ampleur de la tâche. Le manga est aussi bourré d’humour, on rit énormément notamment lorsque Shin, adepte de l’autodérision, propose, le plus sérieusement du monde, à sa femme de venir… chier avec lui dans les bois. On a connu plus romantique comme déclaration !
    Graphiquement, le manga est réussi. Le style du mangaka n’est pas sans rappeler celui du grand Akira Toriyama. Le Shin dessiné a d’ailleurs des airs de Dr. Slump. Les paysages sonnent vrais tout comme les outils parfaitement reproduits. Au final une très belle surprise que cet homme des bois à retrouver en novembre dans le tome 2.
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