Viva (España) la vida !

    España la vida, Maximilien Le Roy, Eddy Vaccaro, éditions Casterman, 128 pages, 25 euros.

    La guerre d’Espagne et sa révolution ont inspiré beaucoup d’auteurs de bande dessinée. Dans un article paru en début d’année dans le n°36 de Papiers nickelés (la “revue de l’image populaire” d’Yves Frémion), Michel Matly évoque ainsi un nombre de 250 albums publiés sur le sujet, en Espagne et dans une dizaine d’autres pays ! “Le conflit espagnol est sans doute, souligne l’auteur, le deuxième conflit après la Seconde Guerre mondiale à être autant visité par le média“. Quelques albums reviennent bien sûr immanquablement à la mémoire sur le sujet, comme No Pasaran ! la trilogie de Giarnido ou Les phalanges de l’Ordre noir de Bilal et Christin. Cet intérêt ne se dément pas. Récemment, la Guerre d’Espagne était en fond de La Lignée de Laurent Galandon, de l’album très familial de Jean-Marie Minguez L’Exil et elle a donné le cadre à la belle série (en cours) du Recul du fusil de Bordas.
    Mais si dans España la vida, Le Roy et Vaccaro ne font donc pas dans l’inédit. Ni sur le sujet, ni sous l’angle choisi, ils apportent une belle nouvelle pierre à l’édifice.

    Une fois encore, on suit ici l’itinéraire enthousiaste puis désabusé d’un jeune Parisien, Léo, d’obédience anarchiste qui s’enfuit de sa famille bien à droite pour aller rejoindre la colonne Durruti. Il va combattre au sein des Républicains avant de prendre conscience de l’horreur des combats, mais aussi de la complexité des rapports de force qui se nouent sur place, de la division dramatique du camp républicain, de l’hégémonie stalinienne grandissante à intervention décisive des fascistes et nazis. Il parviendra néanmoins à s’en sortir, à retrouver une certaine harmonie familiale, avant de s’embarquer pour un nouveau combat, en 1940, vers Londres et la “France libre”.

    Sujet rebattu, donc, mais traité avec finesse et pertinence ici. Et remis en perspective dans sa dimension plus politique. Avec manifestement une bonne connaissance de son sujet, Maximilien Le Roy (après ses bio dessinées de Nietzsche et Thoreau), fonde son récit sur les écrits de Victor Serge, l’anarcho-trotskyste russe (auteur notamment du magnifique S’il est minuit dans le siècle), ce qui lui donne une réelle consistance et un didactisme non manichéen. Et le lien final établi d’une guerre à l’autre, de 1936 à 1940, du combat contre les Franquistes à celui contre les Nazis, à travers le choix de Léo, permet d’en faire aussi un récit sur l’engagement et la lutte pour des valeurs qui dépassent l’individu.

    L’autre atout fort de ce one shot est dans le dessin d’Eddy Vaccaro, tout en crayonné rehaussé de belles couleurs, qui donne un petit côté “BD-reportage” au coeur de la tourmente à España la vida, tout en donnant chair à des personnages très expressifs et très humains.

    Ce bel album exhausse en tout cas bien le voeu formulé par Victor Serge – dans l’extrait placé en quatrième de couverture : “Il est à souhaiter que ces aspects du drame espagnol soient connus (…) Car l’Histoire continue.” Et dès son titre, il apparaît comme un bon contrepied à “Viva la muerte“, le cri de ralliement des franquistes.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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