World War Wolves: Quand l’homme devient (vraiment) un loup pour l’homme

    WorldWarWolves-couvWorld War Wolves, tome 1: Dieu a de l’humour, Jean-Luc Istin (scénario), Kyko Duarte (dessin). Editions Soleil (comics), 112 pages, 14,95 euros.

    Un mal d’origine inconnu mais très contagieux qui transforme une bonne partie de l’humanité en masse décérébrée et sanguinaire ; des rescapés qui tentent de se sauver, en se regroupant dans des territoires sécurisés et précaires où les conflits s’enveniment ; une bande dessinée en noir et blanc, nerveuse et expressive ; un format comics. Si tout cela fait songer fortement à Walking Dead… ce n’est sans doute pas un hasard, plutôt un clin d’oeil réussi. Car ici, c’est l’apparition d’une épidémie de lycanthropie qui remplace la horde de zombies …

    Dans ce contexte apocalyptique (post-apo, plus préciément), nous allons suivre en parallèle les destins de plusieurs personnages, appelés sans doute à se retrouver. John Marshall, un romancier a succè a fui la côte ouest pour Las Cruces, cité fortifiée du Nouveau Mexique avec sa femme (enceinte jusqu’aux dents), ses deux ados frondeurs et surtout un sentiment d’imposture et d’inutilité de l’intellectuel qu’il est pour le monde à venir. A Las Cruces, il va croiser Angela Evertown, jolie métisse (qui connaît les romans de Marshall) et tente de découvrir l’origine de l’épidémie. Pendant ce temps, à Philadelphie, désormais coupé en deux territoires ennemis entre hommes et loups, Jeremy Lester, un joueur de blues aveugle doté d’un don de clairvoyance tente de sauver une fillette dont le père est devenu un loup. Enfin, À Riker Island, la gigantesque île-prison, devenue le « garde manger » géant des loups-garous de New York, Malcolm Spolding survit grâce à un autre don, celui de savoir tout réparer, au milieu de loups au QI anémié. En contrepoint, on commence à entrevoir l’organisation de la nouvelle société lycanthrope.

    Si “Dieu a de l’humour” (comme le proclame le titre de ce volume 1, en référence au prologue coup de poing), ce début de série n’en manque pas non plus. Mais un humour très noir, nuancé du gris de l’ironie distanciée, à l’image du travail réussi du coloriste (Ellem), sur les planches. Ce décalage bien maîtrisé se retrouve dans le traitement de ce début d’histoire plutôt emballant.

    Généralement solitaire, ou alors très discret, le loup-garou est plutôt un parent pauvre du bestiaire fantastique (que ce soit dans sa version cinématographique, romanesque ou en bande dessinée). Il n’a ni le romantisme sulfureux du vampire, ni l’effet massif et “miroir” du zombie qui depuis les films de George Romero a acquis une consistance sociale (à défaut de conscience) forte.  La transposition assez littérale ici de cette thématique des morts-vivants ou des “infectés” comme société alternative et ennemie d’une humanité déboussolée avec des loups-garous, ne révolutionne certes pas le genre. Mais là n’est pas vraiment l’intérêt (ni le vrai but) de WWW.

    Jean-Luc Istin, qui a bien relancé l’héroïc-fantasy avec sa série Elfes, s’inspire ouvertement des codes et style de la série à succès Walking Dead. Entre autre pour nourrir un récit riche et très rythmé, densifié par l’ajout de “documents” (coupures de presse, lettres, reprise de sites internet) permettant de charpenter son histoire. Et si la référence est claire, WWW n’en n’est pas qu’une pâle copie. Avec un dessin soigné, un beau travail sur les nuances de gris et des personnages déjà attachants, cette série a incontestablement du mordant !

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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