Les Dominants, l’après-guerre des mondes

     Les Dominants, tome 1: la Grande Souche, Sylvain Runberg (scénario), Marcial Toledano (dessin). Editions Glénat, 64 pages, 14,95 euros.

    C’est par deux pages de journal, du San Francisco Daily, dénués d’illustrations sinon d’intrigants croquis de créatures organico-mécaniques que débute le récit. Nous sommes sur la Côte ouest américaine, dans un futur très proche, à l’automne 2020, un mois avant l’élection du 46e président des Etats-Unis. Donald Trump est candidat et en tête des sondages, mais une étrange épidémie foudroyante plonge le monde dans une crise sans précédent.

    Sept ans plus tard, l’humanité n’a pas totalement disparu, mais elle a été largement décimée. Et l’origine du mal a été identifié: il s’agissait du préalable à une invasion extraterrestre. De forme et de taille variée (de 2 à 35 mètres ! comme le précise une nouvelle double page de ce qui reste du San Francisco Daily en postface de l’album), ces “Dominants” sont indifférents aux hommes, mais, selon leurs espèces (Répugnants, Migraineux, Stationnaires, Territoriaux…), ils peuvent provoquer des réactions de nausée, d’hystérie, de migraine, voire de faire pourrir les récoltes ou de détruire les paysages.

    Contraints de cohabiter, une partie des hommes vouent un culte aux aliens, voyant en eux une intervention divine. D’autres, à l’inverse entendent mener la résistance… et enrôlent de force ou pillent ceux qui ne veulent pas s’associer à eux, notamment ceux qui tentent de survivre discrètement en formant des petits groupes solidaires. C’est le cas d’Andrew, jeune père de famille persuadé que sa famille est morte dans l’épidémie, qui a trouvé refuge auprès d’une telle communauté pacifique et qui, pour faire son deuil, cherche à récupérer des tableaux ou des photos de famille dans des musées. Mais le répit sera de courte durée. Et la menace ne vient pas que de l’espace.

    Une nouvelle “guerre des mondes”, grand classique de la science-fiction catastrophiste, mais traité ici de façon assez originale. Sylvain Runberg (qui a derrière lui près de 70 albums, dont Orbital, Warship Jolly Roger, Reconquêtes ou les thrillers Millenium, Infiltrés…) décrit plus les conflits entre les hommes que la lutte contre des extraterrestres posés d’entrée comme invincibles et d’ailleurs passablement désintéressés des tribulations humaines – comme ces derniers peuvent l’être pour des fourmis. Ayant sa leur suprématie, l’humanité a bien conservé son agressivité et sa capacité d’autodestruction.

    Le trait, réaliste et encré de l’Espagnol Marcial Toledano amène une certaine froideur distanciée et ses extraterrestres vaguement insectoïdes possèdent une étrangeté très bien rendue, renforçant le côté puéril et secondaire des passions humaines.

    Posant bien la situation, ce premier épisode s’achève sur un cliffhanger surprise, renvoyant Andrew à sa culpabilité et à un choix qui incite à connaître la suite.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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