22e Rendez-vous BD d’Amiens: Brüno en une affiche et sept albums

    Le dessinateur de «Tyler Cross» a réalisé l’affiche 2017 du festival d’Amiens. Une grande expo rétrospective retrace tout son parcours. Visite guidée avec l’auteur, ce samedi à 17 heures. D’ici là, petite révision rapide en une affiche et sept albums (nourri de la rencontre lors d’une soirée des Bulles du lundi, en avril dernier).

    C’est l’auteur de l’affiche 2017 et celui qui bénéficiera de la grande expo rétrospective 2017. De Nemo à Tyler Cross, retour en sept albums et une affiche, donc, pour se rafraichir si besoin la mémoire…

    1 L’affiche

    Amiens et l’univers de Jules Verne, c’est de l’histoire ancienne pour Brüno. L’auteur de Nemo était déjà là en aux Rendez-vous de l’an 2000. Et en 2005 il avait fait l’objet d’une expo sur cette série (marquée par la réalisation d’un gros sous-marin resté dans les mémoires). L’affiche du festival 2017 s’inscrit dans ce sillage. Sa conception a été « très rapide » souligne son auteur. « Au début, j’ai songé à Amiens sous la mer, mais rapidement je me suis dit qu’en termes d’impact, il valait mieux aller vers quelque chose de simple. C’est le secret pour une bonne affiche: faire simple et ne pas vouloir raconter trop de chose. » D’où ce personnage « vernien » revisité dans un style steampunk, enrichi de l’évocation du sous-marin de Nemo et de la Tour Perret, afin de répondre au « cahier des charges » local.

    2 Nemo

    Nemo est le premier « vrai » album de Brüno, pas encore professionnel et qui n’avait réalisé jusqu’alors que de petits travaux dans des fanzines, il est sollicité par l’éditeur Treize étrange qui souhaitait sortir une série d’adaptations de classiques littéraires. Brüno n’avait jamais lu le chef-d’œuvre de Jules Verne. Il s’y plonge à deux reprises avant de commencer à dessiner.

    Puis ne l’ouvre plus. D’où cette adaptation fidèle à l’esprit mais très libre. Et parfois très violente, même si celle-ci est atténuée par le trait très stylisé.

    3 Inner City Blues

    Un polar dans une ambiance gangsta, qui évoque aussi la “blaxploitation” des années 70. Et un album qui laisse plutôt des regrets à son auteur. Inner City Blues est aussi l’album par lequel il est rentré en contact avec Fabien Nury, qui donnera lieu à une fructueuse collaboration. « Notre rencontre a eu lieu au festival de Saint-Malo. J’étais assez surpris qu’il vienne me voir, car nous n’étions pas du tout dans le même univers graphique…» Mais le scénariste avait saisi la singularité du style du dessinateur.

    4 Atar Gull

    Première concrétisation du travail réalisé avec Fabien Nury, Atar Gull, adaptation d’un roman d’Eugène Sue, récit de la vengeance implacable d’un esclave noir est l’occasion pour Brüno de réaliser un album marquant. Il conserve son dessin stylisé mais lui donne une ampleur graphique inédite.

    Une belle réussite et une satisfaction pour les deux auteurs, qui vont décider de remettre ça…

    5 Lorna

    Un album foldingue, né de griffonnages. Lorna serait né de la réminiscence d’une séquence de La colline a des yeux, le film d’horreur de Wes Craven. Puis Brüno a la vision d’un météore qui tombe dans une piscine et dont en sort une géante…

    Progressivement, ce qui était une récréation devient la possibilité d’un livre. Reste à relier des séquences très disparates ! Au final, l’œuvre est très réjouissante, hommage à la SF de série Z des années 50.« C’est mon Garage hermétique à moi », plaisante Brüno, faisant référence à l’album culte de Moëbius.

    6 LE PETIT LIVRE DE la Black music

    Dernière parution de Brüno, ce Petit livre de la Black Music doit plus à son complice scénariste Hervé Bourhis (à qui l’on doit la Petite histoire de la Ve République et La Petite histoire de la bande dessinée) qui a rédigé les textes et assuré la mise en page. Brüno s’est chargé de la couv’ et des dessins des pochettes de disques. Avec la contrainte pour tous deux de prendre un seul album par année. « Ce n’est donc pas le livre des albums qu’on aime », précise le dessinateur, surtout porté sur la période antérieure aux années 2000.

    7 Tyler Cross

    C’est aujourd’hui l’oeuvre phare de Brüno. Succès public et critique, ce polar archétypal, conçu encore avec Fabien Nury est considéré par le dessinateur comme “le projet le plus grand public que je pouvais faire”. Coup de chance, l’accueil a été enthousiaste sur le premier tome, Black Rock. Et peut être plus encore sur le second volume, Angola. D’où un troisième album qui devrait voir le jour mi-2018 et emmener son héros du côté de Miami.

    Derrière le plaisir de lecture et la facilité apparente, la contrainte est forte pour le dessinateur, du fait de la simplicité même du récit. C’est un peu comme un T Bone Steak. Il peut être très réussi, mais ça reste un steak. C’est basique. La difficulté donc n’est pas tant ce qu’on raconte que la manière dont on le fait.” Et là, pas de béquille littéraire ou autobiographique, pas de grande thématique sociétale ou historique à laquelle se rattacher: “Pour que ça fonctionne, il faut que cela soit efficace tout le temps.” D’où la nécessité théorisée par Fabien Nury d’éviter le “point de vue de la vache”, c’est-à-dire un point de vue de spectateur, extérieur à l’action. “Il faut toujours être impliquant, en épousant le point de vue de l’un des personnages, afin de mettre le lecteur au coeur du récit.”  Ici, le point central, c’est la mise en scène. “C’est vrai dans le tome et cela le sera encore plus dans le tome 3“, assure Brüno. D’où, aussi, une méthode de travail particulière: “les planches sont vraiment faites à deux avec Fabien. Et le scénario peut être modifié en cours de route, alors qu’on a commencé à réaliser les planches.” Ce fut le cas pour la fin du tome 2: “Les huit dernières planches ont été redessinées deux mois avant la deadline.” Dans cette série, il n’y a pas que le héros qui se mette en danger…

    Soul graphic, exposition Brüno, 1er étage bibliothèque universitaire. Visite commentée avec l'auteur, ce samedi 3 juin à 17 heures.

     

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Tous les auteurs d’Angoulême

    Mine de rien, le prochain festival d’Angoulême, c’est dans quinze jours. Pour ceux qui ...

    Patfawl à Angoulême et sur France 3 Picardie

    Une équipe de France 3 Picardie a fait le déplacement à Angoulême. Premier sujet, ...

    Un passage des Cités obscures à la BNF

    La bibliothèque nationale de France dévoile les “coulisses des Cités obscures”. A découvrir encore ...